/world/opinion/columnists
Navigation

5 questions pour comprendre le mouvement des «gilets jaunes»

Coup d'oeil sur cet article

Les autorités françaises sont désemparées. Les gilets jaunes ont prévu de bloquer les rues de Paris aujourd’hui. Le nom de « gilets jaunes » vient des gilets de sécurité que les automobilistes gardent dans leur véhicule en cas de problème sur la route. Les gilets jaunes pourraient tenter de bloquer des endroits où il est interdit de manifester, comme l’Élysée ou l’Assemblée nationale.

La vague de protestation des gilets jaunes s’est développée à partir des réseaux sociaux, d’abord en réaction contre la hausse des prix de l’essence. Elle s’est rapidement transformée en quelque chose de plus vaste, en une protestation contre la baisse du niveau de vie, contre le gouvernement Macron, contre une morosité générale. Les sociologues se grattent la tête. D’où sort ce mécontentement spontané ?

1. Quelle est la position du président ?

Emmanuel Macron persiste et signe. Les prix de l’essence et du pétrole vont augmenter le 1er janvier, même si les prix du baril de pétrole baissent. L’argent supplémentaire va servir à préserver l’environnement. Mais la plupart des Français appuient les gilets jaunes. Un récent sondage de la firme Oxoda montre que 77 % des gens trouvent que bloquer Paris est légitime. L’appui aux gilets jaunes atteint même 40 % dans le propre parti de Macron.

2. Le niveau de vie des Français a-t-il baissé ?

Le pouvoir d’achat des Français n’a augmenté que de 0,4 % entre 2008 et 2017. Une hausse très faible en comparaison des 10 années précédentes, alors que le pouvoir d’achat avait augmenté de 15 %. En d’autres termes, le niveau de vie des Français n’a pas baissé, mais il a stagné.

3. Qu’en est-il des impôts ?

Les Français paient beaucoup plus d’impôt qu’auparavant. En 1978, selon l’OCDE, l’État français accaparait 38,1 % du PIB pour les taxes et impôts. En 2016, cette proportion était passée à 45,3 % du PIB. En 1978, l’impôt des particuliers représentait 4,6 % des revenus de l’État. En 2016, cette proportion est passée à 8,6 %. L’impôt des entreprises pendant la même période a grimpé de 1,8 % à 3,3 % en part des revenus de l’État. Or, le gouvernement Macron veut faire chuter le plafond maximum d’impôt des entreprises de 33 % à 25 % d’ici 2022. Les citoyens sont donc mécontents de leurs impôts élevés et des mesures de baisse d’impôt promises aux entreprises.

4. Pourquoi bloquer la ville de Paris ?

La capitale française est copieusement détestée par bon nombre de Français qui habitent en région. Ces derniers ont l’impression que les politiques décidées à Paris ne correspondent pas à leurs besoins. L’augmentation des prix du carburant constitue un excellent exemple de cette façon de penser. Les habitants des régions, contrairement à ceux des grandes villes, disposent de peu de moyens de transport en commun. L’usage de l’auto est donc une nécessité pour la plupart d’entre eux. Étant donné la stagnation du pouvoir d’achat, une hausse des prix du carburant a donc un impact immédiat sur le niveau de vie des gens qui habitent hors des grandes villes.

5. Qu’en pensent les sociologues ?

Une des explications les plus intéressantes est apportée par le sociologue Jean-Pierre Le Goff dans une entrevue du journal Le Figaro. En plus du mécontentement des régions contre les grandes villes et contre des mesures trop favorables aux entreprises, le mouvement des gilets jaunes proviendrait du rejet d’une certaine gauche moralisatrice et multiculturelle. Cette gauche « culturelle » qui tenterait de culpabiliser la majorité pour tous les problèmes sociaux, dont l’environnement.

Sur le même sujet