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Discours de remerciements pour le prix Omer-Heroux

Il faut renouveler notre pensée politique

Discours de remerciements pour le prix Omer-Heroux

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Discours de remerciements prononcé à Saint-Ours lors de la remise du prix Omer-Héroux, "prix décerné à un journaliste s'étant illustré pour ses convictions favorables à l'indépendance du Québec" par le Rassemblement pour un pays souverain, le 25 novembre 2018. 

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Chers amis, 

C’est un vrai plaisir d’être ici parmi vous. 

Je me considère comme un vieil ami du RPS, un mouvement que j’estime énormément et qui incarne un nationalisme ancré dans notre histoire, fidèle aux raisons les plus fondamentales de mener le combat pour l’indépendance. Ce n’est pas sans raison qu’il entretient aussi fièrement et aussi vaillamment la mémoire des Patriotes. Ce n’est pas sans raison, je me permets de l’ajouter, que Bernard Landry aimait autant le RPS et ses militants. 

Mais je vous l’avouerai, j’étais surpris de recevoir ce prix, et cela, pour une raison toute simple. C’est que je ne suis pas journaliste – que je ne le suis pas du tout, même. Le journalisme est un noble métier mais ce n’est pas le mien. Bien franchement, vous me confieriez le scoop du siècle et je ne saurais qu’en faire... Il faut avouer ses faiblesses ! 

Cela dit, il est vrai que j’ai le privilège de travailler dans un journal, et même deux, car j’ai l’immense bonheur d’écrire pour le Journal de Montréal et le Figaro. Dans les deux cas, j’y suis chroniqueur, et dans les deux cas, on m’y accorde une liberté absolue pour aborder les questions qui me semblent importantes pour l’avenir de nos sociétés.  

Mon travail consiste essentiellement, pour reprendre les mots de Raymond Aron, à penser l’histoire qui se fait – autrement dit, à comprendre le grand contexte de l’actualité pour la rendre intelligible à la lumière de notre époque. Il s’agit d’identifier les grands enjeux de notre temps, ses grands clivages, aussi, car l’être humain ne vit jamais sereinement et joue sa liberté en faisant des choix difficiles, qui la plupart du temps, ne vont pas de soi. Dans mon travail, je ne cherche pas d'abord à militer, mais à comprendre. Il ne s'agit pas de convertir mais d'éclairer. Il s'agit, en d'autres mots, de penser, et de penser le plus rigoureusement possible, sans céder aux facilités de la complaisance idéologique. C'est ainsi que je comprends ma vocation intellectuelle. Ce qui ne m'empêche pas, vous le savez, d'avoir de profondes convictions que je ne cache pas et que j'assume fièrement. 

Il faut dire que nous sommes dans une époque tragique et passionnante, tout à la fois. Les temps paisibles sont derrière nous. Les vieilles catégories politiques issues de la société technocratique sont terriblement désuètes: elles ne sont plus capables d’enregistrer les mutations de l’opinion, et elles se décomposent devant la renaissance des passions et des affects. Il nous faut réapprendre à penser en nous délivrant des formules consacrées qui donnent aux perroquets qui les répètent l’impression de réfléchir.  

Je vous avouerai aussi qu’avec les années, j’en suis venu à considérer comme une dimension nécessaire de mon travail la critique d’un système médiatique qui me semble de plus en plus toxique pour notre démocratie et qui déforme la réalité au point de nous faire évoluer mentalement dans un monde parallèle, façonné par des idéologues coupés du réel. Trop souvent, les médias racontent moins le monde tel qu’il se présente à nous qu’ils ne plaquent sur lui des catégories toutes faites, tout comme ils nous imposent un vocabulaire faussement objectif, qui peut relever à certains moments de la manipulation des consciences.  

Ainsi, ces dernières années, on a voulu convaincre les Québécois qu’ils étaient hantés par la tentation de l’extrême-droite. On a aussi accordé le plus grand crédit à des groupuscules idéologiques voulant nous imposer de force une commission sur le racisme systémique. Ces groupuscules sont mis de l’avant par un système médiatique qui parvient de moins en moins à cacher son biais idéologique.  

De même, lorsque notre peuple exprime son attachement à son identité nationale, on l’accuse de crispation identitaire ou de xénophobie. Ce procès perpétuellement mené engendre un désagréable sentiment de surveillance généralisée : n’importe qui, à n’importe quel moment, peut se faire accuser de racisme s’il déplait aux commentateurs qui se comportent en contrôleurs de l'opinion voués à l’application de la rectitude politique. 

J’en tire une conclusion forte: la réappropriation de la démocratie passe aujourd’hui par une critique vigoureuse du politiquement correct. J’ajouterais que le combat pour l’indépendance lui-même est devenu indissociable de cette critique du politiquement correct. Nous ne ferons jamais l’indépendance si nous continuons à nous soumettre aux critères de respectabilité médiatique de nos adversaires, qui veulent nous condamner à l’impuissance politique la plus complète.  

Car vous avez bien marqué l’essentiel: je suis un indépendantiste. Je n’ai jamais imaginé pour notre peuple un autre destin qu’une pleine maîtrise de son destin national.  

Il faut dire que je suis né dans une bonne famille. Mon père, disciple de Maurice Séguin, était et demeure un indépendantiste convaincu. À la maison, il n’a jamais voulu nous endoctriner mais c’était pour moi l’image d’un homme droit, admirable. Son exemple était puissant et inspirant. À la maison, nous avions une belle et vaste bibliothèque et c’est au contact des livres de mon père que j’ai appris à penser. Je me souviens de ma lecture, assez jeune, pour ne pas dire très jeune, du Pourquoi je suis séparatiste, de Marcel Chaput et je continue de croire qu’il s’agit d’un ouvrage essentiel dans l’histoire de la pensée indépendantiste.  

Vous me permettrez aussi d’évoquer le souvenir de ma mère, une femme que j’ai profondément aimée, et qui incarnait pour moi la beauté paisible de notre enracinement dans l’histoire québécoise. 

Je sais bien que les temps ne sont pas très inspirants pour notre cause. La défaite défait et notre peuple a encaissé beaucoup de défaites, au point de douter de son droit d’exister. Il est hanté par la tentation de la mort. Il suffit de constater notre manque de vigueur quand vient le temps de défendre notre langue pour nous en convaincre. 

Pourtant, au fond de lui-même, le peuple québécois veut encore vivre. Je vois dans l’effondrement du Parti libéral et dans son remplacement par un gouvernement nationaliste imparfait mais fidèle au Québec un signe d’espoir.  

En d’autres mots, je ne désespère pas, et avec le chanoine Groulx, qui a su en d’autres temps inspirer toute une génération nationale, et que ses contempteurs feraient mieux de lire que de maudire, je dirai : «notre État français, nous l'aurons; nous l'aurons jeune, fort, rayonnant et beau, foyer spirituel, pôle dynamique pour toute l'Amérique française. Nous aurons aussi un pays français, un pays qui portera son âme dans son visage. Les snobs, les bonne-ententistes, les défaitistes, peuvent nous crier, tant qu'ils voudront: « Vous êtes la dernière génération de Canadiens français... » Je leur réponds, avec toute la jeunesse: « Nous sommes la génération des vivants. Vous êtes la dernière génération des morts! ». 

Alors avec ce grand homme, je me permets de vous dire : nous poursuivrons notre combat, nous ne céderons pas, nous garderons vivante la flamme de l’indépendance, et tôt ou tard, et peut-être même plus tôt que tard, nous verrons renaître, du fond de notre peuple, un désir de liberté qui le poussera à lancer la dernière offensive qui nous donnera enfin notre pays, un pays où nous serons chez nous, un pays où nous serons maîtres chez nous. 

Chers amis, merci pour tout,  

Vive le Québec! 

Vive l’indépendance!