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Entrer en contact ou non ?

Garderie autochtone
Photo Emmanuel Delacour / Agence QMI

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Faut-il établir un parallèle entre la tentative de christianisation des Sentinelles et le sort réservé aux Innus ? Hier sur mon blogue, un Innus, Marc Volant, a ouvert un magnifique débat sur le contact entre les peuples. Son commentaire a malheureusement rapidement disparu.

(Dans le blogue d’hier, je dénonçais John Allan Chau qui avait essayé de christianiser la tribu des Sentinelles. J’en profitais aussi pour fustiger les croyances religieuses moyenâgeuses et le fondamentalisme religieux).

M. Volant voit un parallèle avec les actions de Chau et celles des Français en Amérique. Il ajoute que sans ces contacts, il serait certes toujours en train de chasser, mais il ne serait pas en relation avec le reste de la civilisation humaine. Il semble préférer être en lien avec le reste de la planète. 

Avant Pasteur

Il faut d’abord dire qu’avant Pasteur, personne ne connaissait les microbes. Les Européens ont apporté des maladies en Amérique et ces maladies ont décimées des populations entières. Mais personne ne savait pourquoi. Il serait ridicule de les condamner pour ces échanges de microbes dont ils ignoraient tout. Cette excuse cessera d’être valable vers le début du 20e siècle.

Une question profonde

Par-contre, la question que pose M. Volant est profonde et difficile : au-delà des risques de contamination, faut-il détruire la culture des Sentinelles pour  faire bénéficier cette population de 200 personnes des avancées du reste de la planète ?

Des conséquences terribles

D’abord, il faut réaliser que l’intégration des Sentinelles dans la civilisation mondiale aurait probablement pour conséquence l’exploitation de leur île par divers entrepreneurs : les agences de tourisme, des promoteurs immobiliers, des pêcheurs, des exploitations agricoles, etc. Les Sentinelles auraient un sérieux retard à rattraper pour s’adapter.

Ensuite, le choc entre la culture des Sentinelles et les cultures mondialisées détruirait les fondements de la culture des Sentinelles. Leurs fondements religieux, mais aussi les fondements politiques, médicaux, sociaux ou artistiques.

Les Sentinelles risqueraient d’en ressortir désemparés, étrangers à eux-mêmes. C’est ce qui s’appelle l’anomie.

Une meilleure vie ?

Les Sentinelles survivants auraient-ils une meilleure vie après un tel contact? C’est douteux, du moins à court terme. Mais a-t-on le droit de laisser des humains dans l’ignorance du reste du monde ? L’ennui est qu’au cours de l’histoire, bien  des peuples ont été conquis avec l’intention officielle d’améliorer leur vie. Et leur sort s’est détérioré.

Une question qui devient théorique

Les Sentinelles n’auront probablement pas le luxe de vivre en autarcie encore bien longtemps. D’abord parce que l’Inde, dont la population augmente sans cesse, a besoin de plus de ressources et d’espace. Ensuite, parce que la publicité mondiale que Chau a donnée aux Sentinelles est une des pires choses qui pouvaient leur arriver. Désormais, le gouvernement indien va subir des pressions intenses de lobbies religieux et de lobbies d’affaire pour exploiter l’île. La question des contacts avec les Sentinelles va cesser d’être d’ordre moral et philosophique pour devenir bassement matérielle et politique.

Dans le contexte de l’Inde, les Sentinelles vont se faire laminer.

Et ici ?

Ce qui nous ramène à ce qui se passe ici. Les Innus ont perdu une partie des fondements de leur culture. Eux aussi souffrent d’anomie. Heureusement, comme les contacts ont été établis depuis longtemps, leur système immunitaire est adapté aux microbes venus de l’extérieur.

La vie des Innus est-elle pour autant meilleure qu’avant ? Parions que peu d’Innus  abandonneraient leur carabine ou leur motoneige pour retourner aux méthodes de chasse traditionnelles. Parions aussi que peu se passeraient de la médecine moderne. Il n’empêche. L’adaptation au monde moderne reste difficile.

Parfois on se demande si une partie du problème ne provient pas de petits groupes d’autochtones qui veulent maintenir les autres dans le culte des traditions ancestrales et qui en réalité cherchent ainsi  à conserver leur pouvoir politique et financier. Une hypothèse très peu politiquement correcte par les temps qui courent.

Merci à M. Volant d’avoir pris le temps de répondre et de soulever ce débat.

Ajout

Merci à Marcel Réhel de m'avoir signalé qu'il s'agissait d'un Innu.J'ai fait les modifications. Pour la photo, il est sans importance qu'elle ne soit pas de personnes innues, puisque la rélexion porte sur les peuples autochtones. En revanche, je trouve étonnant que M. Réhel désigne indirectement les autochtones comme de personnes non-civilisées. Je trouve aussi étonnant que la civilisation lui semble être une mauvaise chose.