/opinion/blogs/columnists
Navigation

À l'enseigne du patrimoine

À l'enseigne du patrimoine

Coup d'oeil sur cet article

Oui, l’enseigne lumineuse Archambault au coin de Berri et Sainte-Catherine était très jolie et emblématique. Comme l’enseigne de la farine Five Roses et la pinte de lait de Guaranteed Pure Milk, elle était associée à Montréal. Mais peut-on parler d’un élément patrimonial ?

Nous avons l’enflure du langage facile au Québec. Nous parlons de Saint-Hubert et de Rona comme étant des ‘fleurons’. Une chaîne de restos familiaux et une chaîne de quincaillerie en perte de vitesse ? Nous n’avons pas tous la même définition de fleuron. Un fleuron innove, invente, va conquérir des marchés lointains, offre quelque chose d'unique. Prenez le fabricant de simulateurs de vol CAE. Ça, c’est un fleuron.

Le patrimoine bâti ? La maison Boileau n’aurait jamais dû être démolie, c’est évident. Pas plus que la maison Redpath dans Mille carré doré en 2014. ‘Mais c’était une maison d’Anglais’, m’avait dit un fonctionnaire de la Culture à l’époque. ‘Nous préférons sauvegarder le patrimoine francophone.’

Comme la maison Louis-Hyppolyte Lafontaine qui tombe en ruines au centre-ville peut-être ?

J’ai préféré me taire.

Parlons-en du patrimoine

Mon mari essaie depuis près de 30 ans de convaincre un palier de gouvernement d’acquérir l’œuvre de son père, le photographe Gaby de renommée internationale. Près de 75% de son fonds d’archive est en train de se détériorer, soit 100 000 négatifs de grands personnages qui ont marqué la deuxième moitié du XXe siècle, ici et partout dans le monde. Ainsi que des photos de valeur historique uniques.

Le Québec a acquis les sujets québécois mais a laissé sur la table la portion internationale, plus riche, plus intéressante.

Ainsi, seulement deux photographes occidentaux ont eu le privilège de pouvoir photographier l’Union soviétique au plus fort de le Guerre froide, la légendaire photojournaliste américaine Margaret Bourke-White et Gaby de Montréal. Ces images vont bientôt disparaître, faute de trouver un acheteur.

Nos musées n’ont pas de budgets pour acquérir des œuvres, patrimoniales ou pas. Les archives nationales n’ont pas de budget d’acquisition non plus.

Mais on s’émeut pour une enseigne commerciale !

Et on accuse à tort Québecor, une entreprise qui soutient le patrimoine culturel québécois à coup de millions de dollars.