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L’égoïsme des PME

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Les pleureuses pleurent et la neige a neigé

Rien n’arrête les demandes des PME et de leurs associations patronales, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante ou FCEI (mais dépendante des gâteries gouvernementales) et la Fédération des chambres de commerce du Québec afin d’obtenir toujours plus de fonds publics de toutes les façons inimaginables et aussi d’exiger toujours plus de sacrifices de leurs employés.

Le comble de l’exagération chez nos chers patrons de PME, qui sont habiles à entretenir l’image de la PME fragilisée, non rentable et toujours sur le bord de la faillite, est celle-ci : « Les PME prônent (comme les conservateurs) la retraite à 67 ans. Elles croient que ce report de deux ans aiderait à contrer la pénurie de main-d’œuvre » (Le Journal de Montréal, 21 novembre 2018). La pénurie de main-d’œuvre est un mythe que nous disent plusieurs organismes et même la Banque TD, sujet sur lequel je vais revenir afin de dissiper les mensonges véhiculés : « Pénurie de main-d’œuvre. Un mythe, souligne un rapport de la TD » (La Presse canadienne, 22 octobre 2013). Donc, nos adorables PME philanthropiques veulent retarder à 67 ans le droit pour les individus les plus vulnérables de toucher leurs pensions de vieillesse du gouvernement fédéral et leurs rentes de la Régie des rentes du Québec. Très beau geste humanitaire que de vouloir contraindre par la force et par le besoin de survivre les gens à travailler au salaire plus que minimum. Plusieurs retraités qui touchent actuellement les pensions des gouvernements vraiment minimales continuent pourtant de travailler activement. Vraiment désolant de s’en prendre aux plus pauvres de la société.

Régime des rentes du Québec et salaire minimum

Faisant preuve de cohérence dans leur démarche d’appauvrir davantage les plus « pokés » de la société, les PME ne croient pas que bonifier le Régime des rentes du Québec (parce que cela les oblige à cotiser) est le meilleur moyen pour aider les travailleurs à épargner davantage pour la retraite : « Les PME du Québec appellent à la prudence (c’est-à-dire à maintenir le statu quo ou à baisser les cotisations de l’employeur au RRQ » (Le Journal de Montréal, 21 janvier 2017).

Alors dites-nous donc c’est quoi le meilleur moyen pour aider les travailleurs ordinaires à épargner davantage si vous êtes énergiquement contre toute hausse du salaire minimum? Voici les réactions coutumières des représentants des PME à chaque petite augmentation de salaire minimum qui ne prédisent alors rien de moins que la banqueroute. Prenons ces exemples typiques de réactions de nos bonzes du milieu patronal extraits du Journal de Montréal : “Salaire minimum. Les entreprises sont furieuses” et “Salaire minimum. Une hausse qui fait bondir le milieu des affaires”. Pas drôle la vie d’entrepreneur.

J’oubliais, en 2017, le gouvernement libéral du Québec voulait accroître le nombre de jours de vacances des travailleurs consentis au Québec, qui est parmi les moins généreux de tous les pays occidentaux et voilà que : “Augmentation du nombre de jours de vacances. Les patrons opposés au projet de Couillard” (La Presse, 5 juin 2017). Bon, il est temps de décoder toutes les demandes des PME qui sont le contraire de plus d’égalités économiques et d’équité et plus d’appauvrissement pour ceux qui ont déjà un statut précaire : Les PME veulent donc reporter à 67 ans l’âge de retraite afin d’assécher les revenus de la classe ouvrière ordinaire (pas de pension des gouvernements avant 67 ans) et les obliger, afin de survivre, de travailler pour elles au salaire vraiment minimum (qu’elles ne veulent jamais augmenter) avec pas beaucoup de vacances. Merveilleux projet de société, j’en suis abasourdi. Tant d’appels à la générosité et au partage m’émeut et me donne le goût de chanter avec Jean Ferrat : “Que c’est beau la vie” ou avec Boule Noire : “Aimes -tu la vie comme moi”.

Toujours moins d’impôts et plus de subventions exigées

Le PLQ augmente le salaire minimum à un “gros” 12 $ l’heure et comme à leur habitude, les PME crient au meurtre et demandent en contrepartie que : “Dans ce contexte (12 $ l’heure) une réduction significative de leurs taxes sur la masse salariale (qui ne sont pas pantoute des taxes, mais des assurances et des pensions) et de leur taux d’imposition (aux PME) nous apparaît incontournable” : “Le salaire minimum à 12 $ l’heure provoque des tirs croisés. Les employeurs craignent le pire (c’est-à-dire la banqueroute) et les syndicats restent sur leur faim” (Le Devoir, 18 janvier 2018). Et le PLQ avait bien entendu leurs cris de désespoir : “Le fardeau fiscal des PME réduit de 2.2 milliards $” (Le Journal de Montréal, 28 mars 2018). Bah. Pas grave, pour combler le manque à gagner on taxera les autres imbéciles, ou on coupera encore dans le gras.

Les PME doivent arrêter leur numéro grotesque : “Le Canada dorlote les PME. Une étude (Price Waterhouse et Banque Mondiale, qui sont loin d’être socialistes) classe le pays au 11e rang des nations les plus favorables aux PME” (Le Devoir, 14 février 2012). Les États-Unis viennent au 69e rang. Et une autre bonne : “Compétitivité fiscale. Le Québec se classe parmi les premiers” (Le Devoir, 18 juin 2014). C’est le cabinet international d’experts-comptables qui a dit ça, pas un syndicat. Et il se classe encore mieux avec les autres provinces et pays en tenant compte des subventions juteuses pour lequel le Québec se classe depuis longtemps le plus généreux au pays aux dires de l’Institut très à droite du Fraser Institute. Et puis : “Entreprises québécoises. Des milliards conservés à l’étranger” (La Presse, 30 août 2014). Ben non, il ne doit pas avoir de propriétaires et de PME là-dedans. Et enfin, comme à chaque année : “Les patrons de PME veulent plus d’aide” (Le Journal de Montréal). Cette cassette, comme un vieux disque, revient chaque mois.

Paperasse et accès direct au “cash”

Une autre qui revient à perpète : “La paperasse pèse lourd pour les plus petites entreprises” (Le Devoir, 15 octobre 2003). Et nouveauté en 2018 : “La paperasserie coûte cher aux PME” (Le Journal de Montréal, 22 janvier 2018). Bientôt, elles vont se plaindre qu’il y a trop de papier à remplir et de comptables, d’avocats et banquiers à payer pour simplement évacuer le trop-plein dans certains coins du monde. Moins de paperasserie exigée et plus de subventions quémandées, ça donne ceci, tel que rapporté dans le Journal de Montréal : “Les PME souhaitent un accès plus facile aux subventions”. Pourquoi ne pas les brancher directement aux comptes bancaires du gouvernement afin qu’elles aient moins de papiers et de formulaires à se taper?

Et d’autres récriminations compréhensibles

Il faut faire venir plein de travailleurs étrangers très flexibles et peu demandant sur le plan salarial et il faut surtout pas les irriter avec ça : “Les PME n’ont pas besoin de syndicats”. Et leurs employés, eux? Quelques petites vites ressorties de mes dossiers d’articles de journaux :

- “Les PME résistent au plan d’action environnemental (qui est un irritant pour elles). Les gouvernements tenteront une nouvelle approche plus insistante”. Ne pensez même pas à essayer, elles ne veulent pas de ces patentes pour écolos qui les briment dans leurs libertés.

- “Conciliation travail-famille : La FCEI (association patronale de PME) ne veut pas de contraintes” et “Les PME sont tièdes (mais ni froide ni chaudes) aux femmes enceintes”. Elles ne veulent pas aucune contrainte dans rien et dans tout (je suis poète à mes heures).

- Malgré tous ces obstacles et épreuves qu’elles ont à surmonter : “Les patrons de PME ont une bonne opinion d’eux-mêmes”.

L’envers de leurs souffrances

“Le Baromètre PME. Une rentabilité étonnante” (La Presse, 29 mai 2015). Rentable, oui, mais jamais assez. “Les PME québécoises en 2011. Revenus en croissance malgré les turbulences” (La Presse, 28 décembre 2011). Et une dernière tirée du journal Les Affaires : “Plusieurs chefs de PME parmi les acquéreurs de propriétaires cossues (comme on le voit chaque semaine dans le Journal de Montréal le samedi)”. Mais, soyez sans crainte, elles vont continuer courageusement et honorablement leur combat héroïque pour toujours moins d’impôt, de taxe, de salaire, de conditions de travail, de paperasse, d’environnement et pour plus de subventions et de travailleurs immigrés beaux, bons, pas chers, et surtout pas syndiqués. “Les syndicats, qu’ossa donne” que disait Yvon Deschamps.