/opinion/columnists
Navigation

Les batteurs de profs

UQAM, Salle de classe
Photo d’archives, Le Journal de Montréal Les enfants terrorisent les adultes qui leur enseignent.

Coup d'oeil sur cet article

Non seulement les enseignants sont déconsidérés, mais l’avenir s’assombrit de jour en jour pour eux.

Les deux tiers des enseignants qui s’occupent des jeunes en difficulté sont victimes d’agressions verbales et physiques. Le phénomène n’est pas réservé au Québec, mais cela ne change rien à la situation.

Les jeunes perturbés ont des problèmes de comportement, un euphémisme passe-partout pour parler d’enfants enragés, odieux, malembouchés, mal élevés qui terrorisent les adultes qui les enseignent, hommes et femmes.

Les jeunes ont aussi des difficultés d’apprentissage. Pour parler clairement, ils ne savent à peu près pas bien écrire et parler, ce qui explique en partie pourquoi ils sont enragés. Parmi ces jeunes, on trouve également des cas de maladies mentales souvent non soignées.

Péril grave

Dans le contexte actuel, l’école publique, à défaut d’une révolution dans un laps de temps réduit, ne peut résoudre cette situation plus qu’alarmante, car elle met en péril les enseignants. Ceux-ci sont exposés à longueur de journée à des jeunes qui ignorent le respect de l’autorité et qui subissent l’école dont ils se fichent, car personne ne leur a appris ce que c’est que le bonheur d’apprendre.

On peut aussi penser que l’agressivité incontrôlée est souvent un héritage familial, compte tenu des conditions dans lesquelles vivent les enfants issus d’un milieu dysfonctionnel. Qui prétendra que nous vivons une période faste où la vie coule de source ?

Il est décourageant d’avoir à écrire une énième chronique sur cette peste sociale avant tout urbaine, car dans les petites villes et les villages les écoles sont moins anonymes et plus tricotées serrées. Les profs sont souvent apparentés aux parents, ce qui tempère les forts en gueule.

Ce n’est pas d’hier que l’on s’interroge sur les failles du système scolaire au Québec. Le gouvernement Legault en fait une de ses priorités. Car depuis de longues années on préfère balayer sous le tapis les échecs scolaires. En effet, on gonfle les notes des élèves. Les enfants sont si carencés qu’ils s’enfoncent dans l’analphabétisme fonctionnel, le seul « diplôme » qui correspond à leur scolarité défaillante.

Boucs émissaires

L’école, ce temple sacralisé depuis l’époque de Platon, est devenue un foutoir qui donne bonne conscience à la société tout entière. Pendant ce temps, dans nos classes, de jeunes adolescents, avec la cruauté qu’on leur reconnaît, font passer de mauvais quarts d’heure à des hommes et des femmes qui leur servent en quelque sorte de boucs émissaires.

Le Québec jovial, turbulent, familial, respectueux et bon enfant est un cliché d’un passé à jamais révolu.

Nous sommes une petite société rattrapée par les grandes tensions qui déchirent le monde. Que nos enfants mordent leurs instituteurs, leur lancent des objets à la tête, les insultent et les menacent ouvertement, cela témoigne d’un immense désarroi, qui ne dit pas son nom.

C’est davantage que l’éducation qui est déficiente. C’est notre société tout entière, mal dans sa peau, en quête de repères, incapable de rêver, bafouillant des credos nouveaux mal assimilés avec au cœur une rage qui se cherche un sens.