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Rentrée parlementaire: le temps de faire différemment?

Rentrée parlementaire: le temps de faire différemment?

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Un mois et demi après l’élection du gouvernement caquiste, la joute parlementaire peut commencer. Demain s’ouvrent les travaux de la 42e législature de l’Assemblée nationale. Pourquoi ne pas commencer à faire de la politique différemment en 2018?

Mercredi, c’est le discours du Trône qui annonce le «programme» du nouveau gouvernement élu le 1er octobre dernier. Jeudi, ce sont les discours des oppositions qui vont répliquer au gouvernement.

Pour la première fois de son histoire, l’Assemblée nationale du Québec sera composée de quatre groupes parlementaires reconnus. La «game» sera différente.

Un arbitre pour gérer tout cela : François Paradis. Bonne chance. Sincèrement.

Aller au fond des choses

À ce jour, le gouvernement dirigé par François Legault, chef de la CAQ, a annoncé de projets de loi, en a reporté d’autres et nous laissent en plan, pour le moment, quant à d’autres de ses promesses électorales.

C’est normal. Un gouvernement ne peut pas tout faire en deux semaines de travaux parlementaires prévus, d’ici le congé des Fêtes. Soyons patients... mais pas trop quand même.

Les oppositions vont s’opposer. C’est normal aussi.

Mais ça ne veut pas dire que tout est beau en ce bas monde. Il ne suffit pas de dire que François Legault l’a promis en campagne électorale pour justifier une initiative gouvernementale et dénoncer ceux qui s’y opposent.

La CAQ a certes été portée au pouvoir par le dernier scrutin. Mais le mode actuel pour l’élire ne fait pas de son gouvernement le représentant ultime de la volonté populaire incontestable.

C’est quand même une minorité des électeurs et des électrices qui ont voté pour la CAQ. Environ un tiers a voté pour le PLQ et un autre tiers pour le tandem indépendantiste PQ-QS.

En fait, quand les oppositions s’opposeront aux projets gouvernementaux, ça sera une majorité populaire qui aura voté pour ces trois partis.

Cessons donc les mathématiques pour s’attarder au fond des choses.

À chaque projet de loi, demandons-nous si ça sert les intérêts des Québécois-e-s, le bien commun, l’intérêt du plus grand nombre. En quoi ça réduit les inégalités. Comment ça peut favoriser le «vivre ensemble». Faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes. Assurer un avenir pour les plus jeunes. Et prendre soin des moins jeunes.

En quoi ça fait partie de ce qu’on appelle parfois le «consensus québécois», si une telle chose peut exister.

Demandons-nous aussi si dans le fond ça ne sert pas plutôt les intérêts d’un parti ou d’un autre en vue de la prochaine élection. Ou encore les intérêts particuliers d’un groupe ou un autre de la société, au détriment de la majorité.

Un système politique archaïque

C’est clairement la fin du bipartisme à l’Assemblée nationale en cette semaine où débuteront les travaux de la 42e législature. Même que pour la première fois, aucun des deux «vieux» partis ne gouverne le Québec aujourd’hui.

Mais est-ce pour autant la fin d’une façon de faire de la politique qui polarise et démonise? Pas aussi certain.

Notre régime parlementaire, inspiré de vieilles traditions britanniques, conditionne malheureusement la façon de faire actuelle. Au Québec, nous faisons partie d’une des dernières reliques de l’Empire britannique en cette matière, alors que l’immense majorité des pays sont passés à autre chose.

Dans ce régime dépassé, il y a d’un côté un parti qui gouverne, avec sa majorité de député-e-s et qui, dans le fond, peu à peu près tout faire ce qu’il lui plait avec cette majorité. Et de l’autre côté des partis qui forment l’opposition qui peuvent en tout temps s’opposer parce qu’ils savent très bien que cette opposition ne change pas grand-chose dans les faits.

Bien sûr que les projets de loi gouvernementaux sont amendés en commission parlementaire, mais sur le fond des choses l’orientation gouvernementale finit toujours par l’emporter. La collaboration a ses limites, en autant que le parti gouvernemental approuve.

Ici, le consensus est plus l’exception que la règle.

Un pas à la fois

On ne pourra pas tout changer d’un seul coup. La réforme du mode de scrutin pourrait être le premier pas franchi vers un renouveau. Dans quatre ans, ça nous permettra de faire un choix différent peut-être.

Mais d’ici là, les élu-e-s peuvent se pratiquer. Elles et ils pourraient agir différemment, en considérant qu’elles et ils proviennent non plus de deux partis «traditionnels», mais de quatre qui à eux seuls ne récoltent plus l’appui d’une majorité.

Nos élu-e-s pourraient aussi mettre encore plus à l’avant-scène les intérêts de leurs commettants, plus que ceux de leur propre parti.

Elles pourraient se rendre plus redevables envers ces mêmes commettants. Par exemple, en tenant des assemblées citoyennes pour tâter le pouls de leurs électrices et électeurs.

Les plus audacieux et audacieuses pourraient même être tentés de s’engager à remettre en jeu leur propre siège en proposant des référendums d’initiative populaire, quand l’enjeu le justifie.

Ce ne sont là que quelques exemples de mesures qu’un député-e peut décider de son propre chef d’essayer.

Nous avons quatre ans pour y penser. Elles et ils ont quatre ans pour se prouver.

Pourquoi pas?