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Bombardier manque le train

Ottawa n’interviendra pas en faveur de Bombardier face à Siemens pour le contrat de VIA

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Photo d'archives, Stéphanie Gendron Le PDG de VIA Rail, Yves Desjardins-Siciliano (à droite), en visite à l’usine de Bombardier à La Pocatière en avril.

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Même si Siemens est actuellement en position de tête, Bombardier a encore une mince chance de décrocher le contrat d’un milliard de dollars pour le renouvellement des trains de VIA Rail dans le corridor Québec-Windsor.

Après avoir analysé les offres de Bombardier, de Siemens et de l’Espagnole Talgo, la société d’État établie à Montréal a retenu celle de la multinationale allemande, mais le contrat ne sera officiellement attribué que le mois prochain.

En vertu des règles de l’appel d’offres de VIA, Bombardier et Talgo auront l’occasion de se faire valoir une dernière fois avant l’octroi du contrat.

« Les soumissionnaires ont toujours la possibilité de faire une offre finale (“best and final offer”) », note une source de l’industrie qui a requis l’anonymat.

Bombardier et Talgo pourraient ainsi en profiter pour « aiguiser leurs crayons » après avoir obtenu de meilleurs prix auprès de leurs fournisseurs.

Moins cher en Californie ?

Siemens compte assembler les 32 trains de VIA dans son usine de Sacramento, en Californie, alors que Bombardier propose de le faire dans ses installations de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent.

La force du dollar américain défavorise Siemens, mais en revanche, le géant allemand pourrait bénéficier des économies d’échelle découlant du contrat de 371 M$ US obtenu l’an dernier aux États-Unis pour 137 voitures.

Hier à Ottawa, aucun membre du gouvernement Trudeau ne s’est porté à la défense de Bombardier. Le ministre des Transports, Marc Garneau, a rappelé qu’à titre d’institution fédérale, VIA Rail ne pouvait pas imposer d’exigence de contenu canadien aux soumissionnaires.

Le premier ministre François Legault s’est insurgé contre la position d’Ottawa. Il a réclamé une exigence minimale de contenu canadien de 25 %.

« Ça n’a pas de bon sens que VIA Rail, avec un financement fédéral, n’exige aucun contenu local sur la construction des voitures du train qui roulera entre Québec et Windsor », a déclaré M. Legault.

Bertrand prônait l’achat local

Présidente du conseil d’administration de VIA Rail depuis 2017, Françoise Bertrand s’était félicitée en 2013 du choix du consortium Bombardier-Alstom pour la construction des voitures du métro de Montréal.

Mme Bertrand se réjouissait alors « que l’expertise et les emplois [...] générés par ce contrat demeurent au Québec ».

Si Siemens obtient le contrat de VIA Rail, ce sera la quatrième fois que Bombardier échappe une commande importante au Québec et en Ontario depuis l’an dernier. Bombardier a notamment perdu le contrat du Réseau express métropolitain (REM) aux mains d’Alstom.


Ce qu’ils ont dit

« Nous n’avons pas le droit d’imposer des règles qui favoriseraient des compagnies canadiennes. »

- Marc Garneau, ministre des Transports

« Ça n’a pas de bon sens que VIA Rail... n’exige aucun contenu local sur la construction des voitures du train qui roulera entre Québec et Windsor. »

- François Legault, premier ministre

« Le Québec fait encore rire de lui. »

- Jacques Létourneau, président de la CSN

« Ce n’est pas concevable que ça soit donné à une compagnie allemande. »

- Claude Michaud, président du syndicat des employés de Bombardier à La Pocatière

PROJET

  • Achat de 32 nouveaux trains pour desservir le corridor Québec-Windsor.
  • Sur les rails à partir de 2022
  • Le corridor Windsor-Québec représente 94 % de l’achalandage de VIA Rail au Canada

Entreprises qualifiées

  • Bombardier Transport
  • Siemens
  • Stadler US Inc.
  • Talgo Inc.

Le libre-échange avec l’Europe est à blâmer

C’est en raison de l’entrée en vigueur de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Union européenne, il y a un an, que le gouvernement fédéral ne peut plus imposer de seuil minimal de contenu canadien dans les contrats de matériel roulant.

« Le chapitre sur les contrats publics de l’AECG fait en sorte que VIA Rail, en tant que société de la Couronne, doit traiter les entreprises européennes sur le même pied que les entreprises canadiennes », explique Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

« Du point de vue des contribuables, ça veut dire plus de concurrence et, potentiellement, de meilleurs prix », relève M. Leblond.

Le Québec et l’Ontario ont néanmoins obtenu le droit d’exiger 25 % de contenu local pour leurs commandes.

La Californie gagnante

En contrepartie, les usines canadiennes de Bombardier Transport ont obtenu un plein accès aux marchés publics européens. Ce « gain » n’est toutefois pas significatif, puisque la multinationale desservait déjà l’Europe à partir de ses installations là-bas.

L’ironie de la situation, c’est que dans le cas du contrat de VIA, ce sont les travailleurs de l’usine californienne de Siemens qui profiteront du libre-échange entre le Canada et l’Europe.

Or, de leur côté, les États-Unis haussent leurs exigences de contenu américain pour l’acquisition de matériel roulant destiné au transport en commun. De 60 % qu’il était depuis 1991, le seuil minimal est passé à 65 % cette année et atteindra 70 % en 2020.