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Chère future enseignante voilée

Chère future enseignante voilée
Photo courtoisie

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En avril de cette année, j’avais écrit une lettre à une jeune future policière voilée, lettre qui avait beaucoup fait réagir.

 

https://www.journaldemontreal.com/2018/04/12/chere-future-policiere-voilee

 

Aujourd’hui, j’ai eu envie d’écrire, à quelques mots près, la même lettre à la jeune future enseignante voilée que Radio-Canada nous a présentée dans son reportage (pas du tout biaisé) sur le sondage CROP sur les signes religieux.

https://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-18h/2016-2017/segments/reportage/96559/signes-religieux-quebec-enseignante-voile

 

Madame Nancy Nazha,

 

Je ne vous connais pas. Mais j’apprends dans un reportage de Radio-Canada que vous rêvez de devenir enseignante (c’est formidable) tout en étant voilée (c’est confrontant).

 

Comme enseignante, votre devoir est de transmettre des enseignements aux élèves sans que vos opinions personnelles ne les influencent. Comment pourrez-vous me convaincre que la loi commune est plus importante pour vous que la loi de votre Dieu ?

 

 

 

 

Radio-Canada nous demande : « Devra-t-elle renoncer à son rêve? ». Moi je pense qu’il n’y a qu’une personne qui peut vous empêcher de réaliser votre rêve : c’est vous.

Si vous tenez plus à votre voile qu’à votre vocation de prof, c’est vous qui vous excluez d’office de ce métier.

Qu’est-ce qui vous empêche de porter votre voile dans votre vie personnelle et de le ranger pendant votre vie professionnelle, comme le font tous les autres enseignants avec leurs convictions privées ?

 

Vos futurs collègues ne se promènent pas avec un macaron à l’effigie du PQ, de la CAQ, de QS ou du PLQ. Ils ne portent pas de t-shirt avec le visage de Che Guevara ou de Donald Trump... ou de Mickey Mouse. Ils respectent le concept d’un uniforme neutre.

Quand le journaliste vous demande : « Pas question d’enlever le voile ? » vous répondez avec véhémence : « Non, c’est pas une option chez moi. Je suis Québécoise musulmane, je porte le voile. Me dire de venir l’enlever, c’est comme si tu me disais d’enlever quelque chose de moi. »   

Personne ne vous demande de laisser un bras ou une jambe au vestiaire. Juste d’enlever, pendant vos heures de travail, un vêtement qui a une lourde charge symbolique et qui n’a rien de neutre.

 Je vous souhaite de réussir brillamment dans votre carrière et d'être une inspiration et un modèle pour d'autres. J'ai le plus grand respect pour la profession d’enseignant, il n'y a rien de plus noble que de vouloir éveiller de jeunes esprits.

Mais si vous étiez également un modèle de respect des valeurs laïques du Québec et du consensus social sur les figures en position d'autorité, je vous en serais encore plus reconnaissante.

Respectueusement,

 

Sophie Durocher