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Discours d’ouverture: François Legault dresse un ambitieux programme

Le premier ministre caquiste a livré son premier discours inaugural au Salon bleu

Le premier ministre François Legault
Photo Simon Clark Le premier ministre François Legault

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François Legault a misé sur l’« audace », face à la « peur du changement », en plus de dresser un ambitieux programme pour les quatre prochaines années dans son discours inaugural, mercredi, en promettant de tourner la page sur 50 années d’affrontements entre libéraux et péquistes.

« Le nouveau gouvernement prône un nationalisme rassembleur, dont l’objectif est d’assurer le développement économique de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture », a déclaré le nouveau premier ministre caquiste.

Tout comme il l’avait fait avec ses députés lors de leur assermentation à la mi-octobre, François Legault a invité « les ministres et les employés de l’État à être à l’écoute des besoins des gens et à agir en tout temps avec humanité ».

Il a également affiché son intention de résister aux groupes de pression, syndicats et patronat. « On doit gouverner pour tous les Québécois », a-t-il lancé.

Outrage au Parlement

À peine la lecture du discours terminée, l’opposition officielle a affirmé que le gouvernement Legault pourrait avoir commis un outrage au Parlement en distribuant aux médias une copie du texte avant qu’il ne soit lu en chambre.

En 2012, le président de l’Assemblée nationale de l’époque, Jacques Chagnon, avait réprimandé le gouvernement Marois, qui avait également distribué une copie du texte sous embargo.

« [...] il est clair que le texte du discours d’ouverture n’aurait pas dû être divulgué à des tiers avant que sa lecture ne soit terminée à l’Assemblée », écrivait le président à l’époque.

Baisse du fardeau fiscal

Élu sur la promesse de « remettre de l’argent dans les poches des Québécois », le gouvernement de la CAQ entend donner un répit aux contribuables, particulièrement aux familles.

Québec ramènera le coût d’une place en CPE à un tarif unique. François Legault a déclaré que la modulation des tarifs par le gouvernement Couillard a constitué un « choc fiscal » pour de nombreuses familles.

« D’exiger une contribution supplémentaire, c’était totalement injuste et injustifié », estime-t-il. Le premier ministre a également réitéré ses autres engagements :

  • Bonifier les prestations d’allocation familiale pour le deuxième et le troisième enfant.
  • Déposer avant le congé des Fêtes un projet de loi pour diminuer la taxe scolaire au taux unique le plus bas au Québec.
  • Aider les retraités à bas revenu (la mesure n’a pas encore été précisée).

Priorité à l’éducation

Contrairement aux libéraux, qui plaçaient la santé en tête de liste, le premier gouvernement de la CAQ fera de l’éducation sa « première grande priorité ».

« Pour la première fois depuis les années 60, l’avenir de nos enfants va être l’ambition première d’un gouvernement », a promis François Legault. Pour y arriver, le premier ministre a décliné quelques promesses :

  • Protéger le budget de l’éducation contre les soubresauts de l’économie. Celui-ci ira « en augmentation pour l’ensemble de cette législature ».
  • Offrir la prématernelle 4 ans pour tous les parents du Québec qui souhaitent y envoyer leur enfant, afin de dépister les difficultés d’apprentissage le plus tôt possible.
  • Ajouter cinq heures par semaine de présence à l’école secondaire, pour que les jeunes s’adonnent à un sport, aux arts ou à de l’aide aux devoirs.

Négociations en santé

Pour le domaine de la santé, autre grande priorité, François Legault est demeuré flou, tout en rappelant ses grandes promesses électorales.

« Dans ce domaine, notre objectif est de permettre aux Québécois de voir rapidement un médecin, une infirmière ou un pharmacien quand ils sont malades. Ça devrait aller de soi, et pourtant, ce n’est pas le cas », a souligné le premier ministre. Il veut :

  • Négocier une réforme de la rémunération des médecins de famille, afin de les inciter à prendre en charge plus de patients.
  • Réinvestir dans les soins à domicile.
  • Éviter de rebrasser les structures, comme ce fut le cas sous l’ex-ministre de la Santé, Gaétan Barrette.
  • Adopter une politique nationale des proches aidants.

Projet de loi numéro un

Le gouvernement Legault mettra « fin aux nominations partisanes ».

« Cette pratique, qui a eu cours pendant des décennies, a ébranlé la confiance des Québécois, a déclaré le premier ministre. Les centaines de nominations effectuées sur la seule base de l’appartenance à un parti politique a démotivé les fonctionnaires de carrière et a affaibli l’État québécois. »

D’ailleurs, son gouvernement déposera un premier projet de loi dès aujourd’hui pour modifier le processus de nomination, notamment du patron de l’UPAC.

En finir avec les signes religieux

Alors que le débat sur la laïcité traîne dans le débat public depuis une dizaine d’années, la CAQ a l’intention d’interdire le port de signes religieux aux juges, policiers, gardiens de prison et enseignants.

« Les Québécois en ont assez. Ils veulent qu’on règle cette question, et notre engagement à cet égard est très clair depuis longtemps », a déclaré François Legault.

« On va donc être très fermes à ce sujet, et on a l’intention de bouger rapidement », a-t-il ajouté, qualifiant la position de son parti de « raisonnable ».

Le défi de l'environnement

« La survie de notre planète est en jeu », fait valoir François Legault. « Je ne peux ignorer ce défi de l’urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux », dit le premier ministre. Il a annoncé son intention de:

  • Maintenir la participation du Québec dans le marché du carbone.
  • « Accélérer » l’électrification des transports.
  • Décontaminer des terrains en bordure du fleuve dans l’est de Montréal.

Ce qu’ils ont dit

Pierre Arcand
Photo Simon Clark
Pierre Arcand

« C’est un discours qui, à mon avis, ressemble à un discours du début des années 2000. C’est un discours qui est sans vision cohérente. Et on voit encore une fois que les sondeurs de la CAQ ont probablement préparé une grande partie de ce discours. » –Pierre Arcand, chef intérimaire du Parti libéral du Québec

 Manon Massé
Photo Simon Clark
Manon Massé

« On nous avait promis un discours historique. Je ne sais pas c’est pour quand. Manifestement, on a eu droit à un autre discours électoral de la Coalition avenir Québec. » –Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

Pascal Bérubé
Photo Simon Clark
Pascal Bérubé

« Lorsqu’on n’entend même pas une fois le mot “pauvreté” et qu’on se prétend représenter tous les Québécois et Québécoises, bien vous comprendrez [...] qu’il y a une bonne partie des Québécois et Québécoises qui, aujourd’hui, n’ont rien entendu en ce qui les concerne. » –Manon Massé, chef parlementaire de Québec solidaire

On verra

François Legault s’est donné des objectifs ambitieux. Les plus belles écoles, les maternelles 4 ans pour tous, la réforme du mode de scrutin, etc. Est-ce que tout ça sera réalisé après quatre ans ? Nous sommes tentés de reprendre les propres mots de M. Legault : on verra. En novembre 2011, à la fondation de son parti, le chef avait utilisé cette courte formule à répétition pour esquiver des questions auxquelles il n’avait pas réponse. « On verra, eh bien les Québécois verront », avait raillé le libéral Jean Charest. —Rémi Nadeau, chef du Bureau parlementaire à Québec