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La grossophobie fait son nid dans les milieux de travail

Silhouette thick man and crowd of people evicted sunset
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Véronique Alarie - 37e AVENUE

 

Que les sceptiques se le tiennent pour dit : la grossophobie existe bel et bien. Et elle frappe fort. Cette forme de discrimination fondée sur le poids et la taille des gens est même inscrite au Petit Robert depuis l’an dernier. Elle s’y définit comme une « attitude de stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids ».

Pour la blogueuse militante Gabrielle Lisa Collard (dixoctobre.com), la grossophobie, c’est l’ensemble des préjugés qui entourent les grosses personnes. « Nous la vivons tous, qu’on soit gros ou non, affirme-t-elle. C’est la peur des gros, du gras, et de devenir gros. »

Elle s’observe partout : dans nos interactions sociales, dans la publicité, dans le milieu médical (cela se traduit notamment par des erreurs de diagnostic), et également sur le marché du travail.

Effets et conséquences

Considérées paresseuses, incompétentes et manquant de volonté, les grosses personnes touchent un plus maigre salaire que leurs collègues.

Outre la discrimination à l’embauche, elles ont aussi davantage de difficulté à obtenir une promotion ou une augmentation, et sont plus sujettes à subir de l’intimidation ou du harcèlement dans leur environnement professionnel. De même, lorsqu’elles décrochent leur premier emploi, les grosses personnes reçoivent un salaire 18 % moins élevé que la moyenne. À noter : les femmes seraient davantage défavorisées que les hommes.

Un phénomène répandu

Un appel lancé sur les médias sociaux par Gabrielle Lisa Collard lui a permis d’observer combien la grossophobie en milieu de travail est courante, et ne se traduit malheureusement pas en de rares incidents isolés. Les témoignages ont tant afflué dans sa boîte qu’elle a décidé d’en partager sur son blogue, afin de dénoncer le traitement trop souvent subi.

« J’ai longtemps travaillé en pub, et après avoir constaté qu’on trouvait toujours une raison de me garder occupée ailleurs quand venait le temps de parler aux clients, j’ai fini par demander à une collègue pourquoi je n’étais jamais présente lors des meetings de pitch. Après avoir tourné autour du pot longtemps, elle m’a

finalement avoué que notre boss trouvait que je donnerais une mauvaise image de la boîte », raconte une femme.

« Pendant une entrevue pour un poste d’hygiéniste dentaire, la personne m’a demandé si je prévoyais me faire ′′opérer pour ça′′ en pointant mon ventre », déplore une autre.

Quoi faire ?

Pour prendre conscience de cette oppression systémique et y remédier, il importe de déconstruire les acquis et le conditionnement auxquels nous sommes tous exposés, pense Gabrielle.

« On doit s’éduquer pour intégrer le fait que tous les corps sont adéquats et n’ont pas à être hiérarchisés selon leur taille, dit-elle. Visons la neutralité : pas besoin de se forcer à trouver les grosses personnes belles, mais acceptons simplement que ces personnes ne devraient pas compter comme moins valables, et qu’elles ont aussi droit au respect. »