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Crise linguistique en Ontario: La rebelle franco-ontarienne claque la porte de Doug Ford

La jeune élue de l’Ontario a refusé d’endosser les choix de son propre gouvernement

Près de 300 citoyens ont participé à un rassemblement organisé par la défenseur des droits des Franco-Ontariens Amanda Simard dans l’Est ontarien, dimanche dernier.
Photo Postmedia Près de 300 citoyens ont participé à un rassemblement organisé par la défenseur des droits des Franco-Ontariens Amanda Simard dans l’Est ontarien, dimanche dernier.

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TORONTO | En deux semaines de soulèvement et de colère, la jeune députée Amanda Simard est devenue le visage de la contestation franco-ontarienne.  Celle qui manifestait déjà à 8 ans pour le français a décidé jeudi de claquer la porte du parti conservateur plutôt que d'avoir à appuyer des mesures anti-francophones.  Un geste rarissime. 

 

Isolée, l’unique Franco-Ontarienne du gouvernement Ford a fini par le quitter en envoyant une lettre au président l’Assemblée jeudi matin.

Mme Simard est ainsi devenue députée indépendante, deux semaines après l’annonce d’importantes compressions en francophonie.


Elle dit avoir tenté par tous les moyens de faire infirmer ces décisions, en parlant directement avec le premier ministre et ses collègues. Sans succès.  


Elle a refusé toute demande d’entrevues, jeudi, s’accordant un peu de repos après les moments difficiles des dernières semaines. Elle n’a pas fini de se battre toutefois. À 28 ans, elle est devenue le porte-étendard de la cause.

« Doug Ford ne comprend pas les Franco-Ontariens ni l’impact que ces décisions vont avoir. Et pour plusieurs conservateurs, les francophones sont comme n’importe quelle minorité ethnique en Ontario », a-t-elle affirmé en entrevue au Journal, plus tôt cette semaine. 


Déjà, la pression était forte pour qu’elle rentre dans le rang. 


Il faut dire qu’il est rarissime qu’une députée se lève pour dénoncer une décision de son propre parti, comme Mme Simard l’a fait mercredi. Sa démission a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans la politique ontarienne.  Même Doug Ford paraissait sous le choc. « C’est le choix d’Amanda », a-t-il déclaré.


« Nous nous souvenons très bien de [l’Hôpital] Montfort [le seul hôpital universitaire francophone en Ontario dont la survie a été gagnée de chaude lutte par les Franco-ontariens dans les années 1990]. 20 ans passés, nous luttions pour cette institution essentielle. J’avais huit ans et j’étais au rally, avec mon t-shirt SOS Montfort. 20 ans plus tard, nous nous battons encore pour conserver nos acquis », a-t-elle rappelé, la voix brisée par l’émotion. 


« Le gouvernement tente de nous enlever ces institutions et entités importantes. Ceci est une grave erreur. »


Une jeune députée


Les conservateurs ont tenté de calmer le jeu la semaine dernière, mais leur proposition, jugée insuffisante par les francophones et Mme Simard, n’a fait que raviver leur colère. 


Amanda Simard était la femme députée la plus jeune du Parti progressiste-conservateur. Elle a été la première conservatrice à être élue en près de 40 ans dans Glengarry-Prescott-Russell, l’une des deux circonscriptions à majorité francophone en Ontario.


Elle n’était pas à l’Assemblée législative jeudi, ayant immédiatement pris le chemin de sa circonscription. Elle a toutefois promis qu’elle serait des manifestations de samedi, qui auront lieu partout en Ontario pour dénoncer les compressions. 


« Vous pouvez dire à vos lecteurs de ne pas venir manifester devant mon bureau. Je serai avec eux, avec les Franco-Ontariens, à la manifestation d’Ottawa », a-t-elle confié plus tôt cette semaine.


Les appuis envers la députée sont venus de toute part, plusieurs notant son courage. « On est des millions de francophones à ses côtés », a commenté la ministre fédérale Mélanie Joly. À Québec, plusieurs élus ont aussi souligné le courage de la jeune femme. « C’est un geste honorable et très courageux », a dit la péquiste Véronique Hivon.

Deux semaines de crise

15 novembre
Les conservateurs ontariens présentent leur mise à jour économique. Ils mettent la hache dans le Commissariat aux services en français et dans l’Université de l’Ontario français. Dénonciation unanime à Ottawa, Québec, Toronto et ailleurs.
 
22 novembre
La conservatrice Amanda Simard sort de son mutisme et se dissocie de la décision de son gouvernement. « Vous avez une alliée en moi et je ne vais jamais vous laisser tomber », écrit la députée. 
 
23 novembre
Doug Ford lâche du lest... mais pas trop. Un ombudsman adjoint pourrait traiter les plaintes des francophones. L’université demeure lettre morte. Il nomme toutefois une ministre des Affaires francophones.
 
28 novembre
Ford tente en vain de museler sa députée et les libéraux qui tentent de dénoncer les compressions en Chambre.
 
29 novembre
Amanda Simard claque la porte. Malgré les appels de l’opposition, de Justin Trudeau, François Legault et du chef conservateur fédéral Andrew Scheer, Ford reste campé sur ses positions.  
 
1er décembre
Près de 40 manifestations sont prévues en Ontario et ailleurs au pays­­­.