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Le mouvement anti-francophone est bien vivant en Ontario

Le bilinguisme coûte trop cher et les francophones « en demandent toujours trop », selon plusieurs Canadiens

Jean-Serge Brisson
Photo Sarah Bélisle Le porte-parole de Canadians for Language Fairness (Canadiens pour l’équité linguistique), Jean-Serge Brisson montre son portable affichant le site du groupe qui réclame la fin du bilinguisme gouvernemental, qui coûterait trop cher.

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TORONTO | Si les Franco-Ontariens ont fait le plein d’appuis depuis que leur premier ministre a mis la hache dans les services en français, le mouvement anti-francophone est bien vivant en Ontario et partout au pays.

« Nous sommes très impressionnés du gouvernement [de Doug] Ford, qui a enfin écouté la majorité silencieuse et mis un terme aux demandes incessantes des 4 % de la population ontarienne considérés comme francophones », se réjouit la présidente de Canadians for Language Fairness (Canadiens pour l’équité linguistique), Kim McConnell, en réaction à l’abolition du Commissariat aux services en français et de l’Université de l’Ontario français.

Selon elle, la contestation franco-ontarienne est le fruit de « généreuses subventions » données aux francophones grâce auxquelles « ils sont en mesure de faire du bruit ».

Canadians for Language Fairness affirme avoir des centaines de membres en Ontario et ailleurs. Le groupe réclame la fin du bilinguisme officiel et des services en français en Ontario ainsi que dans d’autres provinces.

Leur porte-parole Jean-Serge Brisson – un Franco-Ontarien – ne cache pas que certains de ses collègues sont anti-francophones.

« Privilégiés »

D’autres, dit-il, en ont simplement marre que les francophones « demandent, demandent, demandent sans cesse », alors qu’ils sont déjà « privilégiés ». Trop d’emplois au sein des gouvernements exigeraient la maîtrise des deux langues, et l’éducation du français coûterait trop cher comparativement à celle de l’anglais.

« La culture, ce n’est pas au gouvernement de protéger ça, c’est aux gens. On devrait arrêter d’imposer la langue, la culture française. On devrait arrêter de privilégier les francophones par rapport aux anglophones », explique l’agriculteur libertarien.

« Je préfère pouvoir vivre, me nourrir comme du monde et travailler, que de pouvoir appeler l’aide sociale en français. Que Doug Ford tienne sa ligne, qu’il aille au bout avec ça. Il doit arrêter de s’en faire avec la minorité qui dit qu’on doit dépenser sur ces affaires-là », insiste M. Brisson.

Mécontentement

Au-delà des groupes organisés, les sections commentaires de sites d’information et les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter fourmillent de Canadiens mécontents.

Le Québec est aussi dans la mire de ces anglophones qui se perçoivent comme des victimes.

« Qu’on expulse cette chienne du parti », indique un commentateur au sujet de la conservatrice Amanda Simard, qui demande à son clan de renverser les coupes en francophonie.

« Au lieu d’être reconnaissants pour les milliards de dollars qu’on a déversés au Québec et dans le reste du Canada pour quelques francophones, ils en veulent toujours plus », déplore un autre internaute.

Professeure de sciences politiques au Collège militaire royal à Kingston, Stéphanie Chouinard rejette ces arguments « budgétaires ».

« Sous le discours simpliste de la rigueur budgétaire et de la réduction du déficit, certains présentent le bilinguisme non pas comme un avantage, mais un luxe. Mais il ne faut pas être dupe, cela cache une intolérance qui mène parfois à des attaques [anti-francophones] », dit-elle.

  • Revoyez l'intervention de la députée progressiste-conservatrice Amanda Simard: