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Discours inaugural de Legault: pusillanime en environnement

Le premier ministre François Legault a prononcé son discours inaugural, à l’ouverture de la 42e législature de l’Assemblée nationale, mercredi.
Photo Simon Clark Le premier ministre François Legault a prononcé son discours inaugural, à l’ouverture de la 42e législature de l’Assemblée nationale, mercredi.

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François Legault a eu beau répéter mercredi dans son discours inaugural, à l’ouverture de la 42e législature de l’Assemblée nationale, que son gouvernement fera preuve d’audace, en environnement il s’est montré plutôt pusillanime. Pusi...quoi? Pusillanime : qui manque de courage et de caractère.

Une stratégie vieille comme le monde

Alors qu’au lendemain des élections, le 1er octobre dernier, le chef de la CAQ reconnaissait ne pas avoir assez parlé d’environnement en campagne électorale, il avouait ces derniers jours ne pas croire que le Québec atteindra son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2020.

Cet objectif de réduction avait été fixé à 20% par rapport au niveau de 1990 par le dernier gouvernement, suite à l’accord de Paris en 2015.

Toutefois, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), si les États s’en tiennent à leurs engagements pris à ce moment, la température de la planète connaitra une hausse de 30C d’ici la fin du siècle. L’objectif établi par le GIEC, si on veut éviter la catastrophe écologique, est de limiter le réchauffement climatique à 1,50C.

Pour éviter de perdre la face, ou encore pour atténuer les critiques face à l’absence de mesures concrètes dans son programme, François Legault a dit cette semaine vouloir revoir cet objectif, préférant blâmer l’ancien gouvernement et disant vouloir fixer des cibles «plus réalistes».

En agissant ainsi, le PM n’a berné personne. On voit clair dans son jeu : selon lui, il vaut mieux réduire les attentes que de ne pas être capable de répondre à la commande. Cette stratégie est vieille comme le monde en politique. Et c’est une mauvaise stratégie pour l’avenir de notre planète.

Réchauffement climatique : il n’y a pas de temps à perdre

Face à l’adversité, le PM manque d’audace en matière d’environnement. Au lieu d’abaisser la cible de réduction des GES durant son mandat, le gouvernement devrait plutôt prendre le taureau par les cornes pour l’atteindre.

Ce qui serait «réaliste» pour lutter contre le réchauffement climatique, ça serait justement de prendre rapidement des mesures radicales pour modifier nos modes de production et de consommation, si l’on se fie au dernier rapport du GIEC rendu public en octobre dernier.

À ce moment, le Secrétaire général de l’ONU rappelait «qu’il n’y a pas de temps à perdre». Pour les experts du GIEC, il faut dès maintenant entamer «une transition rapide et de grande portée en matière d’énergie, d’usage des sols, de transports, de bâtiments et de systèmes industriels».

En somme, le GIEC nous disait que pour limiter le réchauffement climatique planétaire à 1,50C, il faut «modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société».

Ainsi, toujours selon le GIEC, si l’on veut éviter que la situation empire, les émissions de CO2 dans l’atmosphère, par exemple, doivent être diminuées avant 2030 de près de la moitié (45%) par rapport à ce qu’elles étaient en 2010.

D’ici 2050, on doit être parvenu à la neutralité carbone. Pour ce faire, il faudra cesser d’émettre plus de CO2 dans l’atmosphère que ce qu’on est en mesure d’en retirer.

CAQ : l’économie avant l’environnement

Ce n’est donc pas en diminuant son objectif de réduction des émissions de GES que le Québec contribuera, comme il en serait capable si le gouvernement en faisait une priorité, à l’effort international nécessaire pour combattre le réchauffement climatique.

Ce n’est pas en appuyant la construction d’un 3e lien autoroutier à Québec, malgré l’enrobage que lui a donné hier le PM, que le gouvernement caquiste répondra à cette nécessité.

Pas plus d’ailleurs en appuyant le gazoduc entre l’Ontario et le Saguenay. Ou encore l’usine d’urée et de méthanol prévue à Bécancour.

Ces projets vont plutôt dans le sens contraire des efforts que le gouvernement devrait faire pour atteindre l’objectif, déjà minimaliste, que le Québec s’est fixé en matière de réduction des émissions de GES.

Voilà ce qui explique peut-être en partie pourquoi François Legault préfère changer cet objectif, au lieu de s’engager vers une transition écologiste qui favoriserait un développement économique digne des défis du 21e siècle.

Voilà qui démontre que pour le gouvernement caquiste, les intérêts économiques d’une minorité passent encore avant les intérêts environnementaux de la majorité, surtout des plus jeunes qui seront encore là en 2050 quand la situation sera devenue irréversible, si on continue d’ignorer que nous sommes déjà à minuit moins une (et moins encore) pour renverser la tendance.