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Le chemin de croix des papetières

Le chemin de croix des papetières
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Toujours du chantage

Depuis toujours, nos chères papetières pleurent à chaudes et grosses larmes sur leur triste sort. C’est la faillite assurée si on ne les autorise pas à se servir à volonté dans le buffet des gouvernements. Pour être bien entendues, elles assaisonnent leurs complaintes de chantage du genre déménager, congédier ou fermer la « shop ». Elles se paient aussi de nombreux lobbyistes; engagent comme cadres d’ex-élus; s’offrent des pleines pages de publicité dans les médias et attaquent les écologistes qui, selon elles, disent de vilaines menteries. Ça fait que les gens croient leur propagande, des « fakes news », et nos gouvernements ouvrent à plein volume les vannes de fonds publics, en plus de leur permettre de produire de l’électricité (biomasse) qu’elles vendent à Hydro-Québec environ 10 cents le kWh, même si Hydro nage déjà dans les surplus d’électricité. Et, comble du ridicule, vos élus obligent Hydro à vendre de l’électricité à ces mêmes papetières à moins de 4 cents le kWh. Il faudrait m’expliquer. Pourquoi ne gardent-elles pas pour elles l’électricité qu’elles produisent? Qu’importe : « Aide gouvernementale (aux papetières) : tout le monde (forestier) se sert dans l’assiette » (La Presse, 7 février 2013).

La passion des gros profits

Produits Forestiers Résolu vient tout juste d’annoncer un profit net trimestriel de 117 millions $ US comparativement à 24 millions $ US l’an dernier. Le patronat et leurs économistes universitaires enrôlés serinent tout le temps que ces profits serviront à l’entreprise pour se moderniser, pour devenir plus compétitive, pour créer de l’emploi, pour payer plus d’impôts, etc. Toujours la même cassette idéologique.

Pourtant, ce n’est jamais ce beau conte de fées qui se passe dans la vraie vie. Les boss de Résolu viennent d’annoncer un dividende spécial de 135 millions $ US afin de fêter ça : « Résolu gâte ses actionnaires » (Le Devoir, 2 novembre 2018). Le sens du partage des compagnies c’est exactement ça. En vérité, ces gros dividendes « spéciaux » c’est vous qui les payez à ses actionnaires, grâce aux nombreuses subventions publiques qu’elle reçoit continuellement et à l’électricité qu’elle vend à gros prix à Hydro-Québec, qui vous le refile dans votre facture.

Que votre joie profonde se perpétue, car : « Domtar augmente ses profits » et « Le bénéfice de Cascades augmente » (Le Devoir, 2 août et 9 novembre 2018). Je ne sais pas pour vous, mais moi je ne tiens plus en place. J’ai de la difficulté à contenir mon enthousiasme débordant. Admettez qu’elles vous ont encore une fois embobiné lorsqu’elles ont crié à l’aide suite aux nouveaux tarifs douaniers imposés, peut-être avec raison, par Donald Trump à nos papetières québécoises? Et nos gouvernements se sont empressés d’ouvrir le robinet d’argent public même si cela n’était que mascarade. Bizarre tout de même ces titres d’articles de journaux. Il faudrait m’expliquer, car je ne comprends pas : « Malgré le conflit (mais quel conflit?), les exportations de bois d’œuvre du Québec grimpent » et « Le prix du bois d’œuvre atteint des sommets » (Le Journal de Montréal, 28 mai 2018). Mais qui profite de ces bonnes nouvelles?

Directives des papetières aux élus subjugués

Il ne faut surtout pas écouter les satanés écologistes, des empêcheurs de tourner en rond de première classe et ces adeptes branchés (plusieurs doivent provenir du Plateau-Mont-Royal) de randonnées pédestres, de traineaux à chiens et de ski de fond dans le bois. Non, la forêt doit servir aux « vraies affaires ». « Conseil de l’industrie forestière du Québec. Trop de développement durable (comme s’il y en avait véritablement) nuit au développement économique » (Le Devoir, 19 novembre 2013). C’est assez clair pour vous?

Encore une fois, le PLQ avait bel et bien entendu l’appel de détresse des forestières : « Forêts en cadeau aux entreprises. Des redevances bonbons exigées par Québec (PLQ) pour l’exploitation de territoires fragiles » (Le Journal de Montréal, 24 mars 2016). Redevances et droits de coupe bonbons quand vous voulez : « Des forestières doivent 12.3 millions $ à Québec (depuis plus de 120 jours). Des droits de coupe impayés en cause » (Le Journal de Montréal, 26 juin 2017). Compatissant, l’ex-ministre libéral de la Forêt, Luc Blanchette, avait expliqué que : « Il faut garder en tête que l’industrie est fragile et donc qu’une certaine souplesse est de mise. Ma première préoccupation c’est de préserver, conserver, maintenir tous les emplois forestiers dans le contexte de menaces de conflits sur le bois d’œuvre avec les États-Unis ». Un moment donné, ça suffit d’entendre ces politiciens se transformer en haut-parleurs et en amplificateurs du patronat et de répéter tel quel leurs âneries. Vous, les amis, le gouvernement fait-il montre d’autant de souplesse si vous tardez à payer vos permis, vos impôts et vos taxes? Industrie fragile, mais cela n’a pas empêché Résolu de verser récemment un beau gros dividende exceptionnel de 135 millions $ US à leurs actionnaires juste avant le temps des fêtes.

Quelle drôle de question dont on connaît déjà la réponse : « Forêts pour le tourisme ou pour les scieries? Le ministère des Forêts autorise des coupes forestières dans des secteurs que des villages veulent protéger » (Le Journal de Montréal, 16 juillet 2018). Comme le patronat l’a déjà suggéré, il faudrait mettre la clé dans la porte de ces villages qui bloquent la croissance économique : « Il veut vider les villages pauvres. Le président du Conseil du patronat recommande à Québec de relocaliser les habitants dans les villes » (Le Journal de Montréal, 31 janvier 2015). Et si les habitants de ces villages refusent d’être « shippés » dans les villes, on n’a qu’à faire intervenir l’armée. C’est comme Justin Trudeau qui se fait vert tout en promouvant les pipelines de pétrole sale provenant des sables bitumineux de l’Alberta, le PLQ et l’ex-ministre libéral de l’Environnement, Isabelle Mélançon, ne donnaient pas leur place pour en sortir des vertes et des pas mûres, comme : « Protéger l’environnement et accepter des coupes à blanc » (Le Journal de Montréal, 8 août 2018). Que voulez-vous, certains ne se rendent pas compte de leurs limites, c’est structurel leur affaire. « Le sommet de la Gaspésie rasé » (Le Journal de Montréal, 6 août 2018). Quel est le problème? Si c’est rasé, les promoteurs privés vont pouvoir installer des éoliennes et plus facilement faire passer le gazoduc qu’ils projettent, faute de n’avoir pas pu construire leur merveilleux pipeline Énergie est. Ah, j’oubliais, la réponse libérale à ma question : « Des forêts destinées au tourisme coupées à blanc » (Le Journal de Montréal, 16 juillet 2018).

Des menaces et du chantage au menu

« Bois d’œuvre. Ottawa dévoile à son tour (807 M$) un plan d’aide (Québec 300 M$) » (Le Devoir, 2 juin 2017). Et puis comme à chaque année : « Papetières. Travaux sylvicoles. Québec investira (traduire ici par subventionnera) 450 millions $ sur deux ans » et « Québec consacrera 430 millions sur trois ans au secteur forestier » (Le Devoir, 10 février 2015 et 22 novembre 2013). Des abonnées aux fonds publics que je vous dis. En voilà une qui me réconciliera avec le genre humain et avec le PLQ : « Compensation de 10 M$ par année (ou à perpétuité) pour la tordeuse chez Résolu » (Le Journal de Montréal, 12 janvier 2016).

J’en ai plein d’autres de drôles, comme ces trois petites vite en terminant : « L’industrie forestière veut aussi un tarif d’électricité réduit (moins de 4 cents le kWh) » et « Hydro forcée d’acheter à perte de l’énergie biomasse (de papetières) pour 130 M$ dont elle n’a pas besoin ». Enfin : « Ventes d’électricité à Hydro-Québec. Domtar veut avoir sa part du gâteau » (Le Journal de Montréal, 19 novembre 2013 et 22 mai 2018 et La Presse 14 septembre 2012). La morale de l’histoire : pour vous faire entretenir par la population, c’est de vous acheter des politiciens et des universitaires et de faire du chantage par exemple « L’ex-PDG du PLQ devient directeur chez Résolu » et « Domtar. Le président laisse planer le doute d’un déménagement (La Presse, 22 août 2013 et Le Journal de Montréal, 3 décembre 2013). Pourquoi pas une initiative citoyenne “Gofundme” dédiée aux papetières?