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Les mythes pour analyser nos actualités

Les mythes pour analyser nos actualités
AFP

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Lorsque j’entends qu’en Irlande, le violeur d’une adolescente de 17 ans est acquitté, car celle-ci portait un string en dentelle, j’ai l’impression que certaines structures mythologiques façonnent encore la société d’aujourd’hui.

L’histoire se répète. La mythologie, et plus particulièrement le mythe de Médusa, démontre bien que l’idée que les femmes sont coupables de leur agression sexuelle est solidement implantée dans nos sociétés.

En effet, Gorgone d’une grande beauté, Médusa fut punie par la déesse Athéna parce qu’elle fut violée par Poséidon dans son propre temple. Au lieu de punir le violeur, Athéna aurait puni la jeune fille en la condamnant à transformer qui ose la regarder en pierre. Et tout comme Athéna, l’avocate du violeur, en brandissant l’argument du sous-vêtement en fin de plaidoirie, a condamné la jeune irlandaise à subir des regards fuyants et empreints de jugement pour le reste de sa vie.

Contamination inconsciente

La particularité des mythes étant leur pérennité dans le temps, ceux-ci ont ouvert la voie aux structures de contes de fées, structures contaminant encore aujourd’hui les schèmes de pensée des enfants. Résultat: les stéréotypes de genre qu’incarnent leurs personnages préférés imbibent encore aujourd’hui l’inconscient de la société.

Or, avec la dernière campagne Celinunu, proposant des vêtements non genrés pour enfants, on a pu observer une population réfractaire à l’éradication des balises roses et bleues. Simple couleur pour certains, le rose représente toutefois depuis des décennies la féminité délicate. Associé à des personnages impuissants et passifs, le rose finit donc par renforcer l’identification des jeunes filles à ces caractéristiques dites «féminines».

Ces caractéristiques, elles proviennent des nymphes, créatures mythologiques dont le rôle était d’attendre les hommes près des cours d’eau en se peignant les cheveux sur des coquillages. Par leur beauté, elles incitaient les marins au plaisir de leur chaire et les aidaient par la suite à repartir de bon pied vers les eaux lointaines.

L’héritage des nymphes, on le retrouve dans l’histoire d’Arielle, de Blanche-Neige, de la Shtroumphette et de centaines d’autres personnages féminins dont la beauté faisait partie intégrante de leur courbe dramatique.

Mythologie au quotidien

Certains standards subissent effectivement de terribles constances. L’histoire de Médusa, c’est l’histoire de la culture du viol. Parce que cette culture du viol, elle existe depuis que le sentiment de culpabilité chez les femmes s’est transformé en fléau, depuis que ces femmes se sentent coupables de n’avoir pu parfaitement osciller entre la pudeur et la séduction. La jeune irlandaise, en mettant un string en dentelle, a échoué à la tâche que les nymphes lui ont imposée: celle de satisfaire aimablement le besoin de son violeur.

Selon moi, la mythologie est encore utile pour penser la condition humaine, et pas seulement dans la zone féministe. Le drame de Narcisse, il se répète drôlement dans le phénomène des selfies. Lorsqu’on relit l’arche de Noé, on y retrouve le même scepticisme que pour les changements climatiques.

La clé pour évoluer, c’est mettre en lumière notre terrible constance.

 

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