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Les leçons de Harper

Stephen Harper croit que le populisme apporte les mauvaises réponses, mais porte un message réel de populations frustrées.
Capture d’écran, TVA Nouvelles Stephen Harper croit que le populisme apporte les mauvaises réponses, mais porte un message réel de populations frustrées.

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J’ai bien apprécié mon échange avec Stephen Harper sur la montée du populisme. Fort de son vécu politique, l’homme qui s’expri­me si rarement nous offre un regard chargé de recul sur un sujet dont nous débattons au quotidien. J’en retiens quatre leçons.

1– On ne combattra pas le populisme sans répondre aux préoccupations des citoyens déçus

Stephen Harper ne croit pas aux solutions offertes par les partis politiques populistes ou extrémistes. Mais il qualifie de ridicules les caricatures que certains médias font des électeurs que ces mouvements attirent. Cela me paraît fondamental : les électeurs adhèrent à un discours parce qu’ils souffrent et se sentent oubliés.

Expliquer le phénomène en concluant que les électeurs sont « défectueux » est le pire des culs-de-sac. C’est pourtant la réaction majoritaire des ennemis de Trump qui qualifieront ses électeurs de racistes peu éduqués, manipulés par de fausses nouvelles. Ceux qui font cela se réconfortent eux-mêmes, mais nient la réalité et renforcent Trump auprès de sa base.

La seule façon de faire reculer le populisme consiste à écouter la population et offrir de meilleures solutions à leurs problèmes. Évidemment, Harper soutient que c’est le conservatisme qui demeure la meilleure approche politique pour y répondre. Quelle que soit l’idéologie, les solutions ne viendront pas d’une élite déconnectée du vécu des gens.

2– Le nationalisme est une chose normale

À l’occasion du 100e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, Emmanuel Macron a dénoncé le nationalisme. Stephen Harper rejette cette thèse. Le nationalisme extrémiste représente un danger au même titre que tous les extrémismes. Mais le nationalisme d’un peuple fier de son histoire, de ses réussites et de ses institutions est tout simplement sain.

Si le nationalisme est normal, j’en déduis que les discussions d’ordre identitaire le sont également. De ce point de vue, monsieur Harper tourne le dos à l’approche Trudeau voulant qu’il n’existe pas une telle chose qu’une identité canadienne ou québécoise. Il n’adhère pas à la doctrine Trudeau voulant que l’ouverture, l’inclusion et le multiculturalisme soient les seuls marqueurs qui remplacent notre identité.

3– La réussite en matière d’immigration passe par la rigueur

Une mauvaise gestion des frontières qui encourage l’immigration illégale constitue la pire menace à une politique d’immigration réussie. Vue ainsi, l’idée d’une ouverture infinie, de portes ouvertes sans restrictions est la meilleure façon de semer les germes d’une révolte populaire anti-immigration.

Une politique d’immigration gagnante conjuguera la réussite du projet de vie des nouveaux arrivants avec les intérêts de la communauté d’accueil. Et surtout, Stephen Harper juge que les élites ont tort de vouloir faire taire la population en présentant l’immigration comme un sujet tabou dont le bon peuple ne doit pas discuter­­­.

4– Et les médias... ?

Formule-choc : autrefois, les médias étaient perçus comme une force qui s’oppose à l’establishment. Aujour­d’hui, les médias sont inclus dans cet establishment bien-pensant qui a tant de leçons à faire au peuple.

Et la vague populiste emporte aussi certains médias...