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Ce passé que l’on efface

GEN-LA MAISON BOILEAU
Capture d'écran, TVA Nouvelles La maison Boileau

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On a beaucoup parlé de la démolition de la maison Boileau à Chambly, et avec raison.

Mais ce n’est pas la première fois que ça arrive. D’autres maisons à grande valeur patrimoniale ont aussi été rasées au cours des dernières années. À L’Isle-Verte, à Saint-Denis-sur-Richelieu, dans le Golden Square Mile à Montréal...

Sortez les bulldozers

En Europe, on ne peut faire trois pas sans tomber sur une plaque qui rappelle tel ou tel fait historique. « Napoléon a craché sur cette pierre le 12 novembre 1799. »

Ici, on a l’impression que moins on est confronté à notre passé, mieux on se porte.

Comme si on en avait honte. Comme si notre passé n’était pas un tremplin qui pouvait nous propulser plus loin, mais un boulet qui nous empêchait d’aller de l’avant. Une suite ininterrompue d’échecs, de défaites humiliantes et de reniements de soi.

Alors on le fait disparaître, on l’efface, on le supprime.

Même dans nos livres d’histoire, on préfère parler des Amérindiens — pardon, des Autochtones — pardon, des Premières Nations — plutôt que de nos ancêtres.

On se demande ensuite pourquoi certains immigrants ont de la difficulté à embrasser notre culture et notre histoire. Comment s’intégrer à un peuple qui tourne le dos à son propre passé ? Qui a honte de ce qu’il était ?

Qui passe son enfance à la moulinette ?

« Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver », disait Goebbels. Ici, ça serait : « Quand j’entends le mot patrimoine, je sors mes bulldozers. »

Pourquoi entretenir nos maisons patrimoniales quand on peut les transformer en condos ? De beaux condos de luxe, sans racines ni histoire. Avec des boutiques à la mode où des jeunes sans mémoire et « ouverts sur le monde » vous accueillent avec un beau « Bonjour, Hi ».

Shooté au botox

Ça m’a toujours frappé : à quel point les anglophones protègent plus leur patrimoine que nous, francophones.

Il suffit d’aller dans les Cantons-de-l’Est pour s’en rendre compte. Les anglos, qui sont nombreux dans ce coin de pays, prennent soin de leurs granges, leurs magasins généraux, leurs auberges, leurs petites églises blanches, leurs cimetières royalistes, leurs vieux hôtels, leurs pubs. C’est beau, charmant, pittoresque.

Alors que dans les Laurentides, fief francophone des campagnards de fins de semaine, tout sent le neuf.

On dirait que les villes, là-bas, sont sorties de terre il y a 20 ans. Une caisse pop en tôle ondulée, une pharmacie Jean Coutu, une rôtisserie Saint-Hubert... Aucune ride.

Comme le visage lisse d’une star hollywoodienne shootée au Botox.

Une fausse tour eiffel !

Mais consolons-nous : la Ville de Chambly va construire une réplique exacte de la Maison Boileau !

Comme la fausse tour Eiffel et le faux lagon de Venise à Vegas ! Une vision Walt Disney de l’histoire, comme le Vieux-Québec et sa place Royale créée de toutes pièces.

« Offre d’emploi d’été à la Maison Boileau : nous avons besoin de cinq étudiants pour incarner des patriotes. Vous devez être bilingues. »

Dans La Carte et le territoire, Michel Houellebecq dit que la France ressemble de plus en plus à une reconstitution de la France pour touristes en mal d’exotisme. Idem pour le Québec.