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Ma petite culpabilité de mère

Ma petite culpabilité de mère
Illustration Nathalie Samson

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Elle peut se pointer à tout moment. Sournoise.

Comme lorsqu’on va ventiler dans la salle de bain après avoir sauté un plomb contre un threenager qui ne veut juste pas écouter.

Ou lorsqu’on finit par se faire une soirée de filles bien méritée, mais qu’on ne peut s’empêcher de se sentir mal de ne pas être présente pour border les petits.

Ou tous ces moments d’incertitude où on se demande si on fait une job « correcte ».

Maintenant qu’un deuxième oisillon s’est ajouté au nid, j’expérimente un tout autre niveau de culpabilité : celle d’être partagée entre les besoins de mes deux enfants. J’ai l’impression que, lorsque je concentre mon attention sur l’un d’eux, je néglige l’autre.

Cette culpabilité, je sais bien que je ne suis pas la seule à la vivre. Et aussi ridicule soit-elle, je n’arrive pas à la faire disparaître. J’ai l’impression qu’elle est accentuée par le fait que mes enfants sont à deux étapes complètement différentes de leur développement.

Le petit nouveau, c’est bébé Henri. À un peu plus d’un mois de vie, il commence tout juste à laisser poindre sa personnalité. Il est calme, curieux et mignon à souhait. Mais, surtout, il compose comme un chef avec le léger manque de délicatesse de son grand frère.

Albert, 3 ans, est l’aîné. Mon clown. Ma tornade. Un petit être aussi adorable qu’imprévisible. Une seconde, il vous fait le plus doux des câlins, l’instant d’après, c’est la crise de bacon parce qu’on a eu le culot de refuser de le laisser manger son souper dans le bain. Je l’aime tellement, ce petit bout d’homme, que ça fait mal en dedans.

Dilemme

Autant je ressens l’irrésistible envie de me blottir avec mon poupon sur le divan et de gazouiller à l’infini avec lui que j’ai le goût d’aller m’épivarder et faire mille et une parties de cache-cache avec mon 3 ans dans le parc, de l’autre côté de la rue. Satisfaire les deux à la fois relève de l’utopie.

Inévitablement, un élan de culpabilité de mère finit par s’emparer de moi, et je me pose des questions du genre...

Est-ce que mon bambin va finir en thérapie parce que je ne peux pas me chamailler avec lui pendant que j’allaite bébé ? (J’ai essayé de faire les deux en même temps, et ça s’est mal terminé.)

Pense-t-il que je l’aime moins parce que je passe le plus clair de mon temps à m’occuper de son petit frère ?

Croit-il qu’il a été remplacé ?

Mon plus jeune a-t-il autant de peau à peau que son grand frère ?

Mon plus vieux refuse encore de faire un numéro 2 sur le pot. C’est grave, docteur ?

Bébé va-t-il être marqué à vie d’avoir passé un peu trop de temps dans sa balançoire pendant que je tentais de donner un peu d’attention à mon grand ?

Et ainsi de suite, à l’infini...

Tant de questions qui me poussent parfois à réfléchir si mes failles font de moi une mauvaise mère. Rationnellement, je sais bien que la réponse est non, car il semblerait que le simple fait de s’inquiéter d’être une bonne mère est signe qu’on en est déjà une. Et ça, ça me rassure.