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[À VOIR] Des «gilets jaunes» atteignent le sommet de l’Arc de triomphe, chaos à Paris

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«Ça sent la révolution»: plusieurs quartiers huppés de Paris ont été le théâtre samedi de scènes de guérilla urbaine en marge de la mobilisation des «gilets jaunes», ces Français modestes qui manifestent au nom du «ras-le-bol fiscal».

Tractopelle en feu, voitures retournées et incendiées, vélos en libre-service arrachés, radars et lampadaires mis à terre, pavés jonchant la chaussée : plusieurs arrondissements cossus du centre et de l’ouest de la capitale ont été livrés au chaos pendant plusieurs heures, noyés dans des nuages de gaz lacrymogène ou nappés d’épaisses fumées noires.

  •  VOYEZ des gilets jaunes manifester en haut de l'Arc de triomphe:    

«Ça crame!» hurle une adolescente avant de tourner les talons, tandis que deux départs de feu commencent à prendre de l’ampleur boulevard des Capucines, un haut lieu du magasinage parisien au centre de Paris.

Sur la prestigieuse avenue Foch, une quarantaine de manifestants érigent des barricades avec des troncs d’arbre et des barrières, avant d’être aspergés de gaz lacrymogène. Plus loin sur l’avenue, un radar tombé à terre est piétiné par une cinquantaine de personnes.

 

AFP

 

Des drapeaux français, dont certains ont été hissés sur le toit de l’Arc de triomphe, côtoient des drapeaux de Bretagne (nord-ouest), ou ceux représentant des têtes de mort.

En début de soirée, de petits groupes de jeunes restaient postés sous l’Arc de triomphe, monument touristique qui domine les Champs-Elysées, sur la place de l’Étoile. Les principales artères situées à l’est de cette gigantesque place, point de départ des violents heurts, étaient marquées par les mêmes scènes de désolation, après le passage de casseurs: vitrines et distributeurs détruits, boutiques de luxe pillées, arbustes arrachés, barricades érigées.

 

AFP

 

En début de soirée, la situation était «plus apaisée», «mais pas totalement sécurisée», a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.

Une banque LCL a été complètement détruite par le feu en haut du boulevard Haussmann, où se situent les grands magasins. Sur le très chic Faubourg Saint-Honoré, une voiture de police a été incendiée et une boutique de Champagne Nicolas Feuillatte pillée par des manifestants.

 

AFP

 

Dans l’ouest bourgeois de la capitale, avenue Hoche, quasi déserte vers 20 h 30, Frédéric, 34 ans, agent de nettoyage de Compiègne (Oise), se désolait de «se faire gazer depuis 9 h ce matin», sans avoir eu «le temps de dire ce (qu’il) avait à dire».

Les scènes de violences urbaines se sont répétées toute la journée en plusieurs points de Paris, au grand dam de «gilets jaunes» et leurs soutiens venus protester pacifiquement.

 

AFP

 

Dans la soirée, la tension restait vive à Bastille, dans l’est de la capitale, où des poubelles ont incendiées, des panneaux de signalement arrachés, a constaté une journaliste de l’AFP.

«Purée, mais que se passe-t-il? Ça fait peur», dit Anne-Charlotte, étudiante qui vit près de Bastille.

Sirènes de police et touristes médusés

Depuis les premiers heurts résonnent de manière incessante des bruits d’explosions liés aux incendies de voitures et les sirènes de police et des camions de pompiers, sous le regard médusé de touristes en balade.

 

AFP

 

Dans l’ouest, avenue Raymond-Poincaré, envahie de fumée noire après la mise à feu de plusieurs voitures, l’intervention des pompiers se fait sous escorte des gendarmes et sous l’oeil de «gilets jaunes». «Vous savez, nous aussi on a du mal à finir les fins de mois, mais on n’a pas le droit de faire grève», glisse un membre des forces de l’ordre.

À un autre point de la capitale, un manifestant, gilet jaune sur le dos et crâne en sang, explique avoir «rencontré un flic». Selon le bilan communiqué peu avant 20 h, les affrontements ont fait 110 blessés, dont 17 parmi les forces de l’ordre.

 

AFP

 

«Il y a beaucoup plus de casseurs que la semaine dernière, c’est plus tendu», observe Romain, 39 ans, employé à l’Opéra de Paris, pour qui les dégradations sont «un mal nécessaire», «une manière de s’exprimer». «Avec des fleurs au fusil, on n’arrive pas à grand-chose», lâche David, la trentaine, travaillant dans les travaux publics en région Rhône-Alpes.

Chantal, 45 ans, venue de Lorraine avec son mari et ses deux enfants approuve une «violence légitime», réponse selon elle «au silence de Macron». «Tous les mois, on finit avec 500 euros de découvert. Ça fait trois ans qu’on n’est pas partis en vacances», souffle cette fonctionnaire qui gagne 1700 euros par mois.