/opinion/blogs/columnists
Navigation

Nos auteurs

CA_Steve E. FortinCA_Marie-Eve DoyonCA_Stéphane Lessard

Non à la dictature de la « majorité »

Non à la dictature de la « majorité »
iHeartRadio.ca

Coup d'oeil sur cet article

Arrêtez de me servir l’argument que le gouvernement de la CAQ a été élu « avec un mandat fort » le 1er octobre dernier et donc qu’il faut le laisser gouverner à sa guise, sans rien lui reprocher ou sans même tenter de l’influencer.

Ça ne tient pas la route.

La CAQ a été élu avec l’appui de seulement 37% des électrices et des électeurs. Dans les faits, ce sont les trois oppositions réunies qui ont obtenu l’appui de la majorité. Est-ce à dire qu’elles devraient dicter l’agenda de l’État québécois si elles parlaient d’une seule voix?

Ça non plus, ça ne tiendrait pas plus la route.

Des contre-pouvoirs essentiels

Un gouvernement « majoritaire », au sens du parti qui a obtenu plus de sièges que chacun des autres partis, a le pouvoir d’à peu près tout faire en théorie. Mais pas tout, dans les faits. Par chance. Sinon ça s’appellerait une dictature.

Dans notre système parlementaire, il y a des règles qui reconnaissent aux oppositions un certain pouvoir, voire même un rôle fondamental. Comme par exemple, du temps de parole, un droit de vote et d’amendements en commission parlementaire sur les projets de loi gouvernementaux.

Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que ces projets de loi, à peu près toujours amendés par les oppositions, finissent par être adoptés à l’unanimité au bout du compte.

Également, un paquet de motions adoptées par l’Assemblée nationale ont d’abord requis que tous les partis consentent à ce qu’elles soient discutées avant d’être mises aux voix.

Quand elles jouent un rôle constructif, les oppositions démontrent encore plus évidemment leur nécessité.

Dans notre régime politique, d’autres acteurs exercent aussi un contre-pouvoir face à la majorité parlementaire d’un parti élu par une minorité des voix exprimées lors d’un scrutin général.

À débuter par les forces vives de la société civile. Même le plus têtu des gouvernements ne peut ignorer totalement la colère populaire quand elle s’exprime haut, fort et en grand nombre.

Jean Charest s’en est rendu compte quelque part au printemps 2012, quand la grève étudiante transformée en un mouvement citoyen de plus grand ampleur (vous rappelez-vous le son des casseroles?) l’a forcé à déclencher des élections précipitées en plein été.

Et il y a aussi les médias qui font contrepoids au discours du gouvernement.

Qui analysent, portent à réfléchir collectivement, influencent, qui questionnent les ministres et le Premier ministre, mettent en lumière leurs contradictions ou insuffisances en donnant la parole à des penseurs, scientifiques et experts non partisans.

Même avec leurs imperfections, les médias jouent aussi un rôle essentiel en démocratie.

La majorité parlementaire ne donne pas tous les droits

Ainsi, le ministre des Transports, François Bonnardel, n’aide pas sa cause quand il a plaidé, la semaine passée lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, l’argument d’autorité pour répondre aux questions du député solidaire de Jean-Lesage à propos du 3ième lien autoroutier à Québec.

À Sol Zanetti qui lui demandait de citer qu’un seul expert en faveur du 3ième lien, on se rappellera que le ministre Bonnardel n’a rien trouvé d’autre à répondre que : « Je regarde la composition de cette chambre : le 1er octobre dernier, je pense qu'on a eu un mandat fort de la population. 70 %, 80 % des gens de Québec et de Lévis sont pour ce 3e lien. »

Ne trouvez-vous pas que ça fait un peu comme le bon père de famille qui répond à ses enfants « C’est moi le père », quand ceux-ci le questionnent un peu trop à son goût et qu’il est à court d’arguments?

Pour un gouvernement qui avait promis de faire les choses différemment, disons que cet exemple ne sert pas la promesse ici. C’est exactement le même genre de réponse auquel nous avaient habitués les gouvernements précédents.

Du théâtre parlementaire qui ne vise qu’à obtenir une clip aux nouvelles de 18h00, voilà ce que c’est dans le fond.

Un sondage « ne fait pas le printemps »

Ce n’est pas parce qu’un sondage indique une préférence momentanée, parfois montée en épingle par la gente médiatique par ailleurs, qu’il s’agit de la bonne chose à faire pour un gouvernement. Et si le sondage du jour révélait qu’il faille rétablir la peine de mort ou criminaliser l’avortement, devrait-on demander au gouvernement de légiférer en ce sens?

Quelqu’un un jour a déjà dit : « Le peuple n’a pas toujours raison, mais il a toujours ses raisons. » Et ce devrait être ces raisons que le gouvernement écoute... pour trouver d’autres solutions ajouterai-je.

Un autre a déjà dit : « La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections. » C'est malheureusement le cas avec notre mode de scrutin actuel.

De tout temps, les gouvernements ont contredit l’opinion populaire, en pensant d’abord au bien commun, aux principes fondamentaux d’égalité et de justice, en protégeant les droits des minorités quand il le fallait et en ayant en tête davantage l’avenir de ceux qui s’en viennent que le présent des autres qui vont laisser indubitablement leur place.

C’est à cela qu’on est en droit de s’attendre d’un gouvernement responsable. Et non pas à des enfantillages démagogiques qui évitent de répondre aux questions légitimes des oppositions, des journalistes et de la population.