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Songe d’une nuit parisienne

Les rigoles<br />
Brecht Evens<br />
Éd. Actes Sud
Photo courtoisie Les rigoles
Brecht Evens
Éd. Actes Sud

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Il est de ces albums inclassables qui nous habitent, nous aspirent, nous obsèdent, nous bouleversent. Les Rigoles, quatrième album de l’auteur flamand Brecht Evens publié chez Actes Sud, est de cette espèce rare. Retour sur ce sublime récit choral qui est de la sélection officielle du Festival d’Angoulême.

Les Rigoles est le récit d’une nuit parisienne vécue par Jona, qui y passe sa dernière nuit avant d’aller retrouver sa douce à Berlin ; Rodolphe, qui tente de soigner sa dépression à l’aide de tisane ; et Victoria, jeune femme bipolaire aux émotions en montagne russe. Les trois protagonistes, qui ne se connaissent pas, mais qui partagent pourtant une même errance de l’âme, ont pour point de chute le club Les Rigoles. Ces êtres écorchés traverseront cette nuit fantasmagorique et imbibée avec une sensibilité exacerbée. « Victoria et Jona sont inspirés par des amis. Rodolphe vit une version très comprimée de mes propres mésaventures bipolaires en 2013. » Confie l’artiste à l’autre bout du clavier. « C’était sûrement le fait de finalement sortir de la dépression, de retourner à la vie qui m’a donné envie d’en faire un copieux roman graphique. Il ne m’était pas difficile d’aborder la dépression, avant tout parce que j’en suis sorti sain et sauf. Du coup, c’est comme si l’aventure était venue me trouver – parce que je ne suis pas aventurier de nature – et c’est cette aventure qui vient nourrir mes livres. »

Mille et une histoires

L’auteur de Les noceurs (2010), Les amateurs (2011) et Panthère (2016) aura mis quatre ans pour boucler ce gargantuesque récit. « Je voulais de nouveau faire un livre choral dans une grande ville. Au tout début, j’ai considéré animer mille personnages sans avoir de véritables protagonistes. Puis une quinzaine ont finalement attiré mon attention, dont certains ont disparu, d’autres devenus figurants ou encore fusionnés. Mon choix s’est finalement arrêté sur ces trois protagonistes. »

Festin visuel

Au-delà du destin de Jona, Rodolphe et Victoria, c’est le souffle visuel de l’artiste qui nous transporte. Exempt de cases et de phylactères – une recommandation de son ancien professeur d’illustration Goele Dewanckel au Sint-Lucas à Gand, qu’il applique depuis –, Evens puise son inspiration chez les peintres Georg Grosz, Hockney, Charles Burchfield, Picasso, Matisse, Liechtenstein et les illustrateurs Ever Meulen, Blexbolex et Atak. Lui qui a l’habitude d’être exposé au musée choisit pourtant le médium de la bande dessinée. « Si je fais de la BD plutôt que des toiles, c’est parce que c’est narratif, qu’on y entre à travers des personnages, que c’est accessible, démocratique, intime. Tout le monde peut emporter l’objet chez soi, pas besoin d’aller le voir en galerie ou au musée. Un monde en format poche. »

L’artiste compose ses planches à l’aquarelle, qu’il mélange avec la gouache. Cette fracture de style crée de sublimes pages, qui nous permet de voir un Paris électrique, ondulant, chaud. « J’essaie d’avoir une méthode qui permet d’inclure tous les genres de dessins. Ça, c’est la liberté. »

Evens nous offre un des albums phares de la production de 2018. D’une incandescente beauté, Les Rigoles se savoure lentement, comme une nuit dans la Ville Lumière.

 

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