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Cardinal-Roy: une fausse solution à un vrai problème

Cardinal-Roy: une fausse solution à un vrai problème
PHOTO JOURNAL DE QUÉBEC, DAPHNÉE DION-VIENS

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Cardinal-Roy, c’est l’école publique à Québec qui récolte la meilleure note dans le palmarès du Journal de cette année. Normal diront beaucoup d’entre vous: c’est l’école qui accueille les élèves du programme Sports-Arts-Études (SAE) de la région de la Capitale-Nationale.

Pour 85% de sa population, les élèves du SAE justement, une sélection est opérée à l’entrée, comme dans les écoles privées. Les élèves doivent à la fois performer bien au-delà de la moyenne, dans leur discipline respective comme à l’école, pour y être admis.

Par exemple, en soccer, mon garçon doit présenter chaque année une moyenne générale supérieure à 70% et obtenir la recommandation de l’Association régionale de soccer pour continuer dans le programme.

Mais voilà que dernièrement, le conseil d’établissement de l’école est venu chambouler les choses en proposant de se départir des derniers élèves des secteurs général et de l’adaptation scolaire pour que Cardinal-Roy devienne une école à vocation particulière, qui n’accueillerait que les élèves du programme SAE.

Rassembler au lieu de diviser

À Cardinal-Roy, les élèves des 3e, 4e et 5e secondaires du général et de l’adaptation scolaire ont été envoyés dans d’autres écoles secondaires de la région en 2009. Aujourd’hui, il ne reste donc que les élèves des 1re et 2e secondaires au général et en adaptation scolaire.

Ça fait probablement partie du problème. Ça permet à la direction de l’école de dire que leur proposition ne concerne que 15% des élèves. Ça lui permet aussi d’affirmer que leur petit nombre complique les choses à l’occasion. Comme la fois où le coordonnateur du programme SAE, Dany Bell, a expliqué « qu’il est difficile de bien les servir à ce chapitre », parlant des activités parascolaires.

Difficile d’adhérer à ce genre d’arguments quand on sait que c’est l’école elle-même qui a provoqué cette situation en transférant les élèves des 3e, 4e et 5e secondaires en 2009.

Au lieu de déplacer aujourd’hui les plus jeunes des quartiers avoisinants, pourquoi ne rapatrierions-nous pas les plus vieux qu’on a dispersés? Et ainsi former une masse critique suffisante pour leur offrir des services adéquats. Et ainsi retrouver une véritable école de quartier.

Pourquoi éparpiller dans trois polyvalentes situées dans d’autres quartiers les élèves arrivant des écoles primaires des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur? Ce sont deux quartiers de la Basse-Ville de Québec, un secteur qui a connu de 2011 à 2016 une augmentation du nombre d’enfants de 0 à 12 ans, qui présente un taux de décrochage supérieur à la moyenne de la Capitale-Nationale (37% vs 11%) et qui regroupe plus de familles vivant sous le seuil de faible revenu que dans le reste de la région (20% vs 9,2%).

Pourquoi ne pas regrouper, à la place, tous les jeunes de ces mêmes quartiers dans une seule polyvalente pour ainsi favoriser la proximité et la mixité? Pour permettre aux jeunes qui vivent dans ces quartiers tous les jours et qui ont grandi ensemble au primaire de continuer à se côtoyer au lieu d’être déracinés.

Une nouvelle école pour le SAE?

Pendant ce temps, les élèves du programme SAE de Cardinal-Roy proviennent de partout dans la région de Québec. Ils se déplacent de toute façon pour s’y rendre.

Et si on demandait aux élèves du programme SAE de simplement continuer de faire ce qu’ils font à tous les jours, soit de se déplacer vers une autre école qui n’est pas dans leur propre quartier?

Une nouvelle école, construite que pour eux, avec des installations correspondant à leurs besoins «particuliers». Pourquoi pas?

De toute façon, les chiffres mêmes de la Commission scolaire démontrent que d’ici dix ans, les écoles secondaires de la région de Québec seront saturées, à une exception près.

Donc, il est assuré que d’ici 2028, une autre polyvalente devra être construite à Québec. Pourquoi ne pas entreprendre le projet tout de suite?

Cela permettrait aux écoles secondaires qui accueillent actuellement des élèves qui retourneraient à Cardinal-Roy de souffler un peu en voyant le nombre total de leurs élèves réduit à court terme.

Cela répondrait à la volonté exprimée par les parents et les citoyens des quartiers Saint-Sauveur et Saint-Roch qui se sont mobilisés cet automne afin de conserver une école secondaire de proximité.

Et, j’en suis convaincu, cela ferait aussi l’affaire d’une majorité de parents et d’élèves du programme SAE qui se verraient offrir une école toute neuve.

Au-delà des intérêts particuliers, un débat de société

Mais le plus important selon moi, au-delà de considérations pratiques et des intérêt particuliers, la volonté du conseil d’établissement de l’École secondaire Cardinal-Roy de demander au ministère de l’Éducation la permission de se transformer en école à vocation particulière, n’accueillant plus d’élèves du général et de l’adaptation scolaire, pose un réel débat de société.

Il n’est pas question ici seulement du «simple» déplacement d’une centaine d’élèves d’une polyvalente à une autre, même à moins de deux kilomètres, mais bien plus du genre d’école que nous voulons au Québec.

Souhaitons-nous une école mixte, où des jeunes de différents milieux, de différentes origines socioéconomiques, avec des aptitudes variées se côtoient? Ou encore une école où s’exerce une certaine forme de ségrégation, n’accueillant seulement que des élèves dont les parents ont les moyens de se payer des programmes particuliers et où une sélection est opérée pour ne conserver que ceux qui ont de très bons ou d’excellents résultats scolaires?

Plus encore, ce débat pose la question des programmes particuliers: ont-ils vraiment leur place dans un système scolaire qui favorise l’égalité des chances? Ne les avons-nous pas vus plutôt se multiplier pour faire concurrence à l’école privée? Ne sont-ils pas une voie de contournement qu’ont employée les directions d’écoles face aux compressions budgétaires subies depuis des années par le réseau public d’éducation?

J’y reviendrai dans une autre chronique.

Prochaine étape: le 11 décembre

Mais une chose est claire pour moi: la proposition actuelle du conseil d’établissement de Cardinal-Roy est une fausse solution à un vrai problème.

Il est à souhaiter que les commissaires scolaires fassent preuve de sagesse le 11 décembre prochain, lors du prochain conseil de la Commission scolaire, et qu'ils demandent à ce que d’autres solutions leur soient soumises avant de prendre une décision finale.

Le comité citoyen «J’aime Cardi» invite d’ailleurs les parents concernés par cet enjeu à écrire à tous les commissaires scolaires pour leur faire part de leur position d’ici cette soirée importante pour l’avenir de l’école Cardinal-Roy.