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Fin douloureuse d’un règne

Fin douloureuse d’un règne
Photo Didier Debusschère

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QUÉBEC | Le cœur déchiré, la mère d’Adonis Stevenson tentait de grimper l’escalier menant au coin de son fils. Adonis, assommé violemment par le nouveau champion Oleksandr Gvozdyk, avait passé des minutes interminables sur le tapis du ring. Pour l’instant, il était assis sur un tabouret et tentait de dissiper le brouillard dans sa tête.

Personne ne semblait prêt à aider la dame qui peinait et c’est Simone, l’amour de Stevenson, qui l’a aidée à aller voir comment allait son fils. On les a rassurées et quelques minutes plus tard, une serviette humide sur la tête, Stevenson descendait péniblement l’escalier, soutenu par ses gardes du corps. 

Une heure plus tard, on apprenait que Stevenson avait quitté le Centre Vidéotron en ambulance.

La fin du règne d’Adonis Stevenson s’était produite d’une façon dramatique. On était au onzième round et Gvozdyk pressait le pas depuis le neuvième round. Au dixième, Stevenson avait eu la chance d’expédier le futur champion dans les câbles, mais Gvozdyk s’était vite raplombé pour gagner le round.

Les années se font sentir

À dire vrai, les 41 ans d’Adonis commençaient à peser lourd. Après dix, j’avais une carte de pointage de 95-95, mais si Stevenson avait mené la première moitié du combat, Gvozdyk était revenu dans la lutte. Férocement.

Puis, au onzième, l’orage a éclaté. Gvozdyk a atteint Stevenson d’une série de droites et de gauches meurtrières. Ça s’est passé si vite que même Michael Griffin, l’un des meilleurs arbitres au monde, s’est rué une seconde trop tard pour arrêter le massacre : « Je pense que Stevenson a reçu un coup de trop. Mais de ma position, je n’avais pas le temps de rentrer dans l’action plus rapidement », d’expliquer Griffin après le combat.

Stevenson n'a pas à rougir

Yvon Michel est resté longuement stoïque. Pensif. Malgré ses relations difficiles avec Stevenson, il perdait quand même un champion du monde qui avait presque six ans au compteur avec sa couronne : « Adonis n’a pas à rougir. Il menait le combat après dix rounds contre un très bon boxeur. Gvozdyk et Bivol, c’est du pareil au même. Deux très bons boxeurs. Adonis a livré tout un combat. 

Quant à savoir s’il devrait prendre sa retraite, ce n’est pas le temps, dans l’émotion d’une défaite, de prendre une décision. Il va sans doute en discuter avec Al Haymon », de souligner Michel. 

C’est vrai, Stevenson n’a pas à rougir. S’il a trop souvent affronté des aspirants de classe B ces dernières années, ses deux dernières défenses contre Badou Jack, une nulle, et Gvozdyk, défaite par K.-O., l’ont été contre des A. 

Il a perdu hier au Centre Vidéotron, mais avant de perdre, il a livré un combat à la fois technique et féroce. 

Les gens n’ont jamais eu de répit. Les deux hommes ont échangé les coups tout en respectant un plan de match qui demandait habileté et courage. 

Que retiendra l’histoire du règne d’Adonis Stevenson ? Comme c’est souvent le cas, ce sont les années qui vont filtrer les souvenirs. 

On va sans doute se souvenir de certaines victoires, de combats inutiles et d’un champion qui aura partagé difficilement sa fierté et sa joie d’être le meilleur.

Les circonstances ont fait que les amateurs de boxe du monde entier auront sous-estimé les qualités de Stevenson dans un ring.  

Il fut un bon champion. Il aurait pu être un grand champion.

DANS LE CALEPIN

Ted et Éric, les deux gardes du corps d’Adonis Stevenson, ont remporté leur duel contre la Régie. On a tenté de les faire descendre du ring pendant la présentation des boxeurs, mais ils ont résisté en disant que « la télévision les voulait dans le coin ».