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Un tweet de 50 millions

Un tweet de 50 millions

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Vous direz que c’est l’époque qui veut ça, que l’exemple vient du sud où le Grand Orange s’épanche sur Twitter, parfois en pleine nuit...

Quand même! On ne s'attend pas à une telle légèreté de la part du Canada. Mais Justin Trudeau est, lui aussi, un peu flyé.

Parce qu'il faut vivre près des étoiles pour ne pas prévoir que nombreux seraient ceux qui ne digéreraient pas son dernier élan de générosité. Tout est dans la manière, dit-on...

Imaginez qu’on vous fasse savoir, via Twitter, qu’on vous donne cinquante millions.

CINQUANTE MILLIONS! Des Franco-Ontariens en seraient morts, aujourd'hui, sous le choc de la surprise.

Ça paraît bien, quand on est politicien, cinquante millions sur Twitter. On s'associe de facto à la nouvelle. Ce n'est plus tellement gouvernemental. C'est personnel, ou presque. C'est quasiment un don de charité.  C'est une sorte de méga selfie politique.

C'est d'une duplicité raffinée, ça aussi oui. Ça reste suintant de partisannerie, ça rappelle la vieille politique crasse... 

Ç’est sûr que ça doit bien paraître chez les copains du Global Citizen Festival. Le Festival du Citoyen Global, c'est tellement Trudeau ça, non? Tellement post-national, tellement transhumanitaire, tellement grandiose qu'on n'y comprend rien...

Chez ses chums de New York aussi, et chez ceux d’ailleurs. Dans le jet-set international, on ne parlera plus de ses bas d’adolescent ou de ses accoutrements mais de sa prodigieuse prodigalité....

Cinquante millions, par les temps qui courent, à part les politicos et les Besos, y a personne qui peut en garrocher autant...

Mais Justin Trudeau, c'est aussi Harry Potter et, cinquante millions, il peut lancer ça comme ça, en revenant du G-20, par un beau dimanche de décembre.

Ô Canada, Ô Moi, célébrons les temps modernes!

Laissez venir à moi la classe moyenne et les estropiés de la fiscalité...

Un tweet de 50 millions
Photo Brad Barket / Getty Images / AFP

La subvention canadienne de cinquante millions, Trudeau l’a fait savoir d’abord à Trevor Noah, un comédien de New York, originaire d’Afrique du sud. Impliqué dans le truc, on devine.

C'était écrit ainsi: «Hey @Trevornoah-Merci pour tout ce que vous faites pour célébrer l'héritage Nelson Mandela au @GlblCtzn Festival. Désolé je ne peux pas être avec vous-mais que diriez-vous du Canada s'engage à 50 millions de dollars pour @EduCannotWait soutenir l'éducation pour les femmes et les filles dans le monde entier? Travailler pour vous? Allons-y!».

On sent la joie, n’est-ce pas? Le plaisir du geste. Ainsi jouit-on apparemment de sa propre générosité, et devant la terre entière. 

Ah, mais que ça doit être plaisant de larguer 50 millions, comme ça, en moins de 140 caractères. Ça doit s'apparenter à autre chose...

J’imagine la tronche de cette pauvre vieille, assistée sociale et malade, maison saisie et cancer du colon, forcée de rendre mois après mois, la moitié de sa TVQ pour quelques dollars reçus en trop, il y a dix ans... Que penserait-elle en tombant sur un tweet de 50 millions... On ne le saura jamais.

Ah, qu’il doit être fier de lui, l'Inénarrable Épandeur, quand il sème ainsi les billets verts dans les déserts de l’humanité.

Son ami Noah, le gars de New York qui a reçu le tweet, n’a pas répondu par écrit. Il lui a signifié sa bonne humeur avec plus de modernisme : cinq signes d’applaudissements. Des émoticônes, dix mains agitées, rappelant celles des zombies orwelliens applaudissant aux congrès solidaires...

Dix mains, à cinq millions chacune, ça fait l’addition, c'est peut-être de la politesse nouveau genre...

C’est aussi sans doute tout ce qu’il pouvait faire, l’humoriste newyorkais. Quand on est bouche bée, on applaudit. Il a donc fait ce qu’il a pu Trevor Noah, sonné qu’il était par la nouvelle. Sonné au point de ne plus pouvoir aligner des mots, écrire un remerciement à la hauteur de son bonheur et de celui de toutes les jeunes filles qui, de par le monde, pourront s’offrir une éducation grâce à notre PM super sympa, super cool. Ou super sans plomb, c’est selon...

Un tweet de 50 millions
Photo Agence QMI, Guy Martel

Imaginez si Trudeau avait fait de même pour les Franco-Ontariens. Cinquante millions, par Twitter, par un beau dimanche de décembre, après des semaines de désarroi, de colère et de protestations.

Après tant de mépris et de tristesse, cinquante millions, dans la gueule de Ford. Pour Trudeau, c’est quoi? C’est rien. Cinquante millions, il claque ça en moins de temps qu'il n'en faut pour dire selfie...

C'est maintenant ce qu'on attend de lui. Lui, Douanier de l'Univers, lui qui évolue dans un autre monde que le nôtre, loin, très loin de nous, et de sa circonscription de Papineau, une des plus pauvres...

Pour le Petit Père du Déficit, accorder cinquante millions à des tiers, ici ou ailleurs, c’est pas plus difficile que de pisser dans l’océan sur la plage de l’Aga Khan.

Cinquante millions, c’est pas plus lourd qu’une tape dans le dos de la classe moyenne... qui ne sera jamais autrement que moyenne... Cinquante millions, c’est un tweet du dimanche...

Et ça donne une sorte de vertige, l'effet secondaire du dégoût...