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Un vote peut vraiment faire la différence

Un vote peut vraiment faire la différence
Photo AFP

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Difficile d’imaginer un verdict électoral plus serré. Le 6 novembre dernier en Alaska, un seul vote a littéralement déterminé la majorité à l’assemblée législative.

C’est une rengaine bien connue: dans une démocratie, chaque vote compte et chaque électeur devrait exercer son droit de vote comme si le résultat final en dépendait.  Les sceptiques ont toutefois raison de dire que les chances que ceci arrive sont infinitésimalement petites. Individuellement, chaque vote a des chances pratiquement nulles d’affecter le résultat, alors pourquoi voter? Les défenseurs enthousiastes de la démocratie électorale auront désormais un cas de plus à présenter pour convaincre les électeurs de secouer leur torpeur et d'aller voter quand l’occasion se présente.

Après près d’un mois de comptage, de recomptage et de re-recomptage, à la machine puis à la main, dans le district 1 de l’Alaska, le républicain Brad LeBon et la démocrate Kathryn Dodge étaient à égalité avec 2662 votes chacun. Le soir de l’élection, LeBon avait 79 votes d’avance. Un premier recomptage a renversé le résultat en donnant 7 votes d’avance à Dodge, puis une série de contestations et de recomptages manuels se sont soldés par une égalité absolue. Les républicains avaient déjà prévalu dans 20 districts et les démocrates en avaient remporté 19. Le résultat de ce district devait donc faire la différence entre une majorité républicaine et une égalité à l’assemblée.

Comme si le suspense n’était pas déjà assez grand, pendant que les avocats débattaient à savoir s’il faudrait reprendre l’élection ou la tirer à pile ou face, un bulletin de vote qui avait été mis sous scellé en raison d’une apparence d’irrégularité a fait surface. C’était le vote d’un ex-détenu qui avait réclamé le rétablissement de son droit de vote. Après un vif débat entre avocats, on a décidé d’ouvrir l’enveloppe et de compter le vote. Le vote favorisait le républicain LeBon, faisant basculer la majorité de la législature aux mains de son parti. Aux dernières nouvelles, la démocrate Dodge n’a pas encore décidé de contester ou non le résultat.

Si elle ne le fait pas, chaque électeur républicain du district 1 pourra se réconforter à l’idée d’avoir déposé le vote déterminant pour l’ensemble de l’État, alors que chaque démocrate qui n’a pas jugé bon de voter se morfondra en songeant à la différence qu’il ou elle aurait pu faire en se donnant la peine d’aller déposer son bulletin dans l’urne.

La morale de cette histoire? À la prochaine élection, allez donc voter.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM