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Dieu est de retour

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« Où est Dieu ? Dieu est partout. » C’est tout ce dont je me souviens du petit catéchisme gris que les Québécois de ma génération se sont fait enfoncer dans la gorge.

À cette époque, personne ne vous demandait si vous aimiez mieux fréquenter l’école à la sauce religieuse ou à la sauce laïque, c’était la même poutine pour tout le monde.

Et puis un jour, le Québec a dit : ça suffit. Les crucifix sont sortis des écoles, les religieuses ont rangé voiles et cornettes, et le clergé a compris qu’il ne pouvait plus dicter notre conduite.

Mais dans son coin du ciel, Dieu préparait son retour.

Affaire personnelle

Je n’ai pas de querelle avec Dieu. Si Dieu existe, Elle m’a fait du bien, mais Elle n’a que faire de la foi aveugle, préférant les gestes du quotidien qui définissent une bonne vie. « Crois ou meurs » n’existe pas dans ma religion, et vouloir convertir les autres est interdit.

Mais voilà que Dieu abandonne le marché pourtant lucratif des angoisses existentielles aux nouvelles spiritualités pour se payer un retour triomphant via le politique.

Aux États-Unis, 25 % de chrétiens évangéliques dictent une partie de l’agenda législatif, même si 23 % des Américains se disent « sans religion », selon Pew Research.

Trump, pécheur impénitent, est devenu l’icône des évangéliques depuis qu’il s’oppose à l’avortement, leur obsession.

En Russie, l’Église orthodoxe est la première alliée de Poutine dans sa bataille contre l’homosexualité, son obsession.

Ici, aucun retour du catholicisme en vue même s’il m’arrive de penser que nous serions mieux outillés pour répondre à l’expansionnisme religieux si nous étions encore un peuple de catholiques croyants et pratiquants, au lieu d’opposer à la dawa – le prosélytisme islamique – une laïcité mal comprise et édentée par les chartes.

Face à l’argumentaire divin, nous sommes démunis.

Récemment, nous avons toléré qu’une foire de l’emploi pour femmes voilées seulement se tienne au Québec. Je comprends qu’il est plus difficile pour elles de faire valoir leurs compétences, mais cela envoie le message une fois encore, que croire en Dieu garantit des traitements de faveur qui vont au-delà du droit raisonnable de pratiquer une religion.

Nos chartes garantissent l’égalité pour tous, mais le préambule de la Constitution confirme que Dieu est partout.

Dieu est politique

Dieu est de retour. Pas dans les églises, mais sur la place publique. C’est lui qui préside aux chicanes sur les signes religieux, les écoles illégales, le cours ECR, le stationnement en double à Outremont, l’égalité hommes-femmes, les maillots de bain à grands’manches et autres déchirements épisodiques.

Nous croyons parler de laïcité, mais c’est de Dieu qu’il est question. Ce qu’Elle veut et ne veut pas.

Tant que nous débattrons du retour du religieux comme d’un simple fait de société, les croyants militants auront le dernier mot, persuadés d’avoir raison parce que Dieu marche à leurs côtés.

Et les athées islamo-gauchistes, les idiots utiles de l’histoire, d’applaudir la parade. Et nous, de baisser la tête. Honteux, sans savoir pourquoi.

Comme à l’époque du petit catéchisme.