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Immigration: le pacte de la discorde

Des milliers de migrants ont trouvé refuge dans un camp de Tijuana, une ville mexicaine située près de la frontière américaine.
Photo AFP Des milliers de migrants ont trouvé refuge dans un camp de Tijuana, une ville mexicaine située près de la frontière américaine.

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Une vive controverse a éclaté récemment autour du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, devant être signé, sous l’égide des Nations unies, les 10 et 11 décembre prochain, à Marrakech.

Un défi pour l’ONU

Elle ravive les tensions d’une Europe en manque de solidarité et révèle l’ampleur de la fracture au sein de la communauté internationale.

À ce jour, une douzaine de pays ont refusé de signer ce pacte ou annulé leur participation au sommet de Marrakech, dont les États-Unis, Israël, l’Italie, la Suisse, la Belgique, la Bulgarie, la Pologne, la Roumanie, la Hongrie, la République tchèque, l’Autriche, la Croatie et l’Australie.

Pour sa part, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré, à la Chambre des communes, le 21 novembre dernier, que le Canada ne se retirera pas du pacte, se disant convaincu « qu’il faut accroître l’immigration et accepter plus de réfugiés de partout au monde ».

Chose certaine, les mouvements migratoires sont loin de se tarir. Les réfugiés contraints de fuir leurs foyers seraient au nombre de 68,5 millions, dans le monde, un record historique, selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), juin 2018.

Ils ne franchiront pas tous les frontières des pays occidentaux. La très vaste majorité d’entre eux, 85 %, trouve refuge dans les pays en développement comme le Liban, le Pakistan, l’Iran, l’Ouganda, le Kenya ou encore la Turquie.

La Syrie à elle seule a envoyé sur les chemins de l’exil 6,3 millions de réfugiés, 2,6 millions proviennent de l’Afghanistan, 2,4 millions du Soudan et 44 400 personnes fuient, chaque jour, les guerres et les persécutions dans le monde (HCR).

Le renvoi d’ascenseur

Qu’ont en commun ces trois pays ? Ils ont tous les trois été ravagés par la guerre. Une guerre des intérêts, alimentée par la vente d’armes des pays occidentaux dont le Canada.

L’intervention militaire de l’OTAN en Libye a fait de ce pays, jadis cadenassé par Kadhafi, une immense passoire pour l’immigration illégale.

Depuis, les groupes djihadistes y prolifèrent. On y pratique l’esclavage et le trafic d’armes. Une vraie poudrière à vol d’oiseau de l’Europe.

Certains voient l’immigration comme une menace et oublient que dans bien des cas, nous ne faisons que récolter ce que nous avons semé.

Pourquoi de jeunes Africains traversent-ils, par milliers, au péril de leur vie, des déserts arides et bravent-ils la Méditerranée pour rejoindre l’Europe dans des embarcations de fortune ?

Poser la question, c’est y répondre et y répondre en s’interrogeant sur les causes qui engendrent ces déplacements massifs de populations. Elles sont connues :

  1. Le colonialisme occidental qui a déstructuré les économies des pays sources d’immigration et les maintient dans la dépendance. Des initiatives de développement local pourraient donner confiance aux jeunes pour rester chez eux au lieu de partir ;
  2. Nos décideurs politiques qui doivent cesser leur soutien aux dictatures en Afrique et au Moyen-Orient ;
  3. Et l’importance d’agir sur le développement durable avant de se retrouver face à une crise, de plus grande ampleur, celle des réfugiés climatiques.