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Yémen: Riyad autorise l’évacuation de Houthis blessés avant des pourparlers

Yémen: Riyad autorise l’évacuation de Houthis blessés avant des pourparlers
Photo AFP

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Le médiateur de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, est arrivé lundi dans la capitale Sanaa contrôlée par les rebelles Houthis qui ont pu évacuer 50 de leurs combattants blessés dans le cadre de «mesures de confiance» avant des pourparlers de paix prévus en Suède.

Le Koweït a annoncé lundi soir que la délégation des rebelles yéménites devant participer aux pourparlers quitterait Sanaa mardi matin pour Stockholm. 

Vers 15 h GMT, 50 rebelles Houthis blessés ont été évacués à bord d’un avion affrété par l’ONU vers Mascate, capitale du Sultanat d’Oman, où l’agence officielle a annoncé leur arrivée dans la soirée. 

Ce transfert des blessés à Oman est «en soutien aux efforts de l’ONU visant à préparer le terrain pour les pourparlers prévus en Suède», a indiqué l’agence officielle omanaise sur Twitter. 

Également via Twitter, M. Griffiths a «remercié sincèrement tous les partis ayant rendu ce geste humanitaire possible» et appelé à un travail conjoint pour la paix au Yémen. 

Annonçant l’arrivée de l’avion avec les blessés à Oman, le porte-parole des Houthis Mohammed Abdelsalam a de son côté «remercié» sur Twitter «les efforts humanitaires de l’envoyé spécial ainsi que du Sultanat d’Oman». 

Cette initiative vise à accélérer la tenue de pourparlers pour mettre fin à plus de trois ans de guerre entre le camp progouvernemental, appuyé notamment par l’Arabie saoudite, et les Houthis, soutenus par l’Iran, selon des experts. 

La question de l’évacuation d’insurgés blessés avait été à l’origine de l’échec de pourparlers en septembre à Genève. Les Houthis avaient accusé l’Arabie saoudite, qui contrôle l’espace aérien yéménite, d’avoir empêché le départ de blessés et de ne pas avoir donné de garanties pour le voyage en toute sécurité de la délégation rebelle. 

Le colonel saoudien Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition antirebelles, a déclaré que l’autorisation de lundi avait été donnée «à la demande» du médiateur de l’ONU «pour des raisons humanitaires» et comme «mesure destinée à instaurer la confiance» avant les pourparlers. 

Selon une source onusienne, il est également question de la réouverture prochaine de l’aéroport international de Sanaa, fermé depuis trois ans en raison de la guerre qui ravage ce pays et qui a épuisé et affamé la population. 

«Solution politique»

Lundi soir, le vice-ministre des Affaires étrangères du Koweït, Khaled al-Jarallah, a indiqué que la délégation des rebelles quitterait Sanaa mardi matin en compagnie de l’ambassadeur du Koweït pour se rendre en Suède en vue des négociations dont il n’a pas précisé la date. 

Si des sources diplomatiques et humanitaires évoquent la tenue de négociations de paix dès cette semaine, aucune annonce n’a été faite pour l’heure par les Nations unies. 

Alors que l’Arabie saoudite a souvent été accusée d’être un frein à un règlement au Yémen, le colonel Maliki a assuré que la coalition soutenait les efforts de M. Griffiths «pour parvenir à une solution politique», ainsi que les mesures «humanitaires» pour alléger les souffrances des civils. 

Les blessés, dont certains en chaises roulantes, ont été amenés en ambulances à l’aéroport de Sanaa pour leur transfert à Oman, selon un correspondant de l’AFP. 

 Riyad sous pression

L’Arabie saoudite est sous la pression des grands pays occidentaux depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste critique du prince héritier Mohammed ben Salmane, par des agents saoudiens le 2 octobre au consulat du royaume à Istanbul. 

Par ailleurs, la situation humanitaire s’est considérablement aggravée ces derniers mois au Yémen, où des millions de civils sont menacés par la famine, indépendamment des combats. 

La bataille en novembre pour le contrôle de la ville portuaire de Hodeïda a suscité de vives inquiétudes parmi les organisations humanitaires, ce port sur la mer Rouge étant le point d’entrée de plus des trois quarts des importations et de l’aide internationale au Yémen. 

Une trêve relative est en vigueur à Hodeïda, bien que le colonel saoudien Maliki ait fait état lundi d’opérations militaires qui «se poursuivaient». 

L’Iran a offert son soutien lundi au processus de paix afin de mettre un terme à «l’agression brutale» contre le Yémen. 

Le porte-parole des Houthis Yahia Sarre a déclaré que les rebelles étaient prêts pour les négociations «à commencer par un cessez-le-feu» de la coalition adverse. 

Selon le ministre yéménite de l’Information Mouammar al-Iryani, le gouvernement a accepté le principe du processus en Suède pour ôter «toute excuse aux putschistes [rebelles] qui seraient tentés d’échapper à la recherche de la paix». 

À part le cycle avorté de pourparlers en septembre à Genève, d’autres discussions avaient aussi échoué en 2016, après un marathon de 108 jours au Koweït. La délégation des Houthis était alors restée bloquée au Sultanat d’Oman pendant trois mois. 

Depuis mars 2015, les combats ont fait quelque 10 000 morts et plus de 56 000 blessés au Yémen, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais des ONG estiment que le bilan réel des victimes directes ou indirectes du conflit est largement plus élevé.