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Ne rien mettre à jour

Francois Legault
Simon Clark/Agence QMI

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Hier, Éric Girard, tout nouveau ministre des Finances de la Coalition Avenir Québec (CAQ), a dévoilé sa première mise à jour économique. L’exercice était attendu, nous étions plusieurs à nous demander à quelle CAQ nous aurions affaire : la CAQ fâchée des premières années qui ne manquait pas une occasion pour critiquer l’immobilisme, la bureaucratie et les sacro-saintes vaches sacrées du modèle québécois ou la CAQ assagie de la dernière campagne électorale?

La réponse : aucune de ces options!

Le ministre des Finances ne nous a en fait absolument rien annoncé, ou si peu. Au total, nous avons eu droit à un maigre 229,2 millions de dollars en nouvelles dépenses. Sur un budget de 107 milliards, il faudra de toute évidence faire preuve de patience avant que l’audace et le courage vantés par François Legault lors de son discours inaugural ne se manifestent.

4,5 milliards de surplus

Avant le versement au Fonds des générations, le surplus budgétaire du gouvernement s’élève à 4,5 milliards de dollars. Ce surplus équivaut à 4 % de l’ensemble des revenus de l’État, ce qui n’est pas rien. Dans ces conditions, il est incompréhensible que de nouveaux crédits ne soient pas mis dès maintenant à la disposition des ministères afin d’améliorer la qualité des services à la population. Une enquête publiée durant la fin de semaine faisait justement état des sauts d’humeur des Québécois.es à l’endroit de ces services. Pourquoi alors ne pas utiliser l’embellie budgétaire actuelle pour reconstruire ce que les libéraux ont si soigneusement défait?

Surtout que cet excédent n’a pas de raison d’être par et pour lui-même : l’État n’a pas à accumuler des surplus. Personne ne s’opposera à la constitution d’un fonds de réserve afin d’avoir une cagnotte de secours pour les périodes de crise. Mais là, nous sommes dans une tout autre dynamique : le présent gouvernement, tout comme l’ancien d’ailleurs, choisit de maintenir un niveau inadéquat de services plutôt que d’utiliser la marge de manœuvre à sa disposition.      

Sous-estimation systémique

La principale nouvelle de cette mise à jour est d’abord d’ordre technique. Il est impressionnant de constater l’ampleur de la mauvaise prise en compte de la situation économique dans le travail de prévision budgétaire. En mars dernier, le gouvernement du Québec a déposé un budget qui prévoyait l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Pour arriver à cet équilibre, l’État devait aller puiser jusqu’à 1 587 millions de dollars dans sa réserve de stabilisation. Lors du dépôt du rapport préélectoral du mois d’août, l’équilibre était toujours au programme, mais cette fois avec une utilisation de la réserve revue à la baisse (637 millions). Aujourd’hui, non seulement Québec ne prévoit plus avoir recours à sa réserve pour équilibrer son budget, mais il semble que le gouvernement se dirige vers un surplus de 1 650 millions de dollars (auquel, ne l’oublions pas, il faut ajouter les 2 851 millions de dollars versés au Fonds des générations).   

Cette amélioration en cours d’année s’explique par la mauvaise prise en compte de la situation économique. En mars dernier, le ministère des Finances basait ses estimations de revenus fiscaux sur une projection de croissance économique à 2,1 %. Dans la mise à jour publiée aujourd’hui, la prévision de croissance pour 2018 a été revue à la hausse à 2,5 %. Cette sous-évaluation des résultats économiques amène automatiquement une sous-évaluation des entrées fiscales. C’est ce qu’indiquent les données présentées au tableau 1 : les revenus autonomes du gouvernement pour 2018-2019 seront, selon les évaluations publiées aujourd’hui, 2,9 % supérieurs par rapport aux projections de mars dernier. Du côté des transferts fédéraux, il est question d’un écart de 1,6 % entre les prévisions de mars 2018 et celle de cette semaine.

 

Tableau 1 : Évolution du cadre budgétaire de l’État 2018-2019, en millions de dollars

 

Budget 2018-2019 (mars)

Rapport préélectoral (août)

Mise à jour économique (décembre)

Revenus autonomes

85 923

86 949

88 471

Transferts fédéraux

23 624

23 620

23 999

Revenus consolidés

109 597

110 519

112 470

Dépenses de missions

99 313

99 379

98 837

Service de la dette

9 380

9 286

9 132

Dépenses consolidées

108 693

108 665

107 969

Provisions pour éventualités

0

0

0

Surplus

904

1 854

4 501

Versements au Fonds des générations

2 491

2 491

2 851

Solde budgétaire

0*

0*

1 650

Source : Budget du Québec 2018-2019, Gouvernement du Québec, mars 2018; Rapport préélectoral 2018, Gouvernement du Québec, août 2018; Mise à jour économique 2018-2019, Gouvernement du Québec, décembre 2018.

* Il est à noter que l’équilibre budgétaire était atteint en raison d’un décaissement de 1 587 M$ (portrait de mars 2018) et de 637 M$ (portrait d’août 2018) provenant de la réserve de stabilisation.  

 

La mise à jour vient confirmer deux choses : 1) le gouvernement du Québec est en bonne santé financière et 2) la CAQ a la même propension que le PLQ à sous-estimer les revenus fiscaux lors du budget. Reste à voir si la CAQ compte utiliser le même type de stratagème en mars prochain...   

Dépenses ciblées et aides aux entreprises

Les seules vraies annonces survenues hier sont en fait de pâles et timides mesures ciblées. Pour lutter contre les changements climatiques, il est prévu d’investir un audacieux 20,7 millions de dollars afin d’inciter les consommateurs à se procurer une automobile électrique. Avec ce genre d’annonce, on comprend mieux pourquoi le premier ministre juge irréalistes les cibles de lutte aux changements climatiques!   

Autre fait intéressant, au lieu d’investir dans les services qui bénéficient à l’ensemble de la population, le gouvernement met en place des mesures fiscales ciblées. C’est bien beau d’augmenter les allocations pour les familles nombreuses, mais de nouvelles places en CPE auraient un impact bien plus grand sur le bien-être de tous et toutes qu’un chèque de 500 $.

Dans cette mise à jour, le nouveau gouvernement a voulu montrer qu’il soutenait les familles et les entreprises. Sur un horizon de cinq ans, l’impact budgétaire des mesures annoncées pour les entreprises se multipliera par six. Il s’agit là d’un bel exemple des priorités d’un gouvernement issu du milieu des affaires.