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Le gouvernement caquiste resserre les règles sur le cannabis

Les jeunes devront attendre 21 ans avant de pouvoir acheter du «pot» légalement

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Le gouvernement Legault a déposé mercredi un projet de loi qui fera du Québec la province où les règles entourant la vente de cannabis seront les plus sévères au Canada.

Tel que la CAQ l’avait promis en campagne électorale, le projet de loi piloté par le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, prévoit de faire passer l’âge légal de consommation de 18 ans à 21 ans.

« Je veux envoyer un message très clair aux jeunes : c’est dangereux, la consommation de cannabis, a commenté le premier ministre François Legault. Ça peut amener des problèmes graves, comme la schizophrénie. »

Débat sur l’âge

Ailleurs au Canada, la consommation de cannabis est permise dès l’âge de 19 ans, sauf en Alberta, où l’âge légal est de 18 ans. Au Québec, le précédent gouvernement libéral avait fixé l’âge légal à 18 ans, afin d’harmoniser la loi avec celle sur la consommation d’alcool.

Lors d’une conférence de presse tenue à l’école secondaire Joseph-François-Perrault, Lionel Carmant a expliqué que l’idée est de retarder « la première consommation le plus possible » et d’éviter d’en banaliser l’usage.

Il réfute l’argument « fataliste » du gouvernement Trudeau voulant que les jeunes risquent de se tourner vers le marché noir.

« Un adolescent sur trois de 15 à 17 ans consomme déjà. Personne ne serait assez inconscient pour suggérer de diminuer l’âge légal pour consommer du cannabis à 15 ans », souligne le ministre.

Double standard

Questionné sur le double standard concernant la consommation d’alcool, qui cause aussi des ravages chez les jeunes, Lionel Carmant a rappelé que cette substance est légale depuis longtemps, et que la loi serait donc plus difficile à modifier.

« Mais, avec toutes les données scientifiques sur l’alcool que nous avons aujourd’hui, si je déposais une loi sur l’alcool, ce ne serait peut-être pas légal à l’âge de 18 ans », a-t-il commenté en anglais.

En plus de modifier l’âge légal, le projet de loi de la CAQ interdira également aux consommateurs de fumer de la marijuana dans les lieux publics, alors que cela est présentement permis à divers endroits.

Cette nouvelle restriction risque de causer des maux de tête à ceux qui vivent en logement, puisque leurs propriétaires peuvent interdire de fumer à l’intérieur de l’immeuble.

SQDC de Sainte-Foy

À ceux-ci, le ministre Carmant suggère une autre possibilité. « On leur propose d’utiliser de l’huile [de cannabis], qui existe déjà sur le marché, ou d’en consommer dans l’alimentation », dit-il, puisque c’est la fumée secondaire qui pose problème.

De plus, le projet de loi de la CAQ fait passer à 250 mètres la distance minimale entre une succursale de la SQDC et un cégep ou une université. Montréal bénéficiera d’une exception pour des raisons de règles d’urbanisme : la distance minimale sera de 150 mètres. En conséquence, le ministre Carmant a confirmé que la SQDC située près du cégep Sainte-Foy, à Québec, devra déménager, une fois son bail échu.

La loi en bref

  • L’âge légal pour acheter, posséder ou consommer du cannabis passera de 18 ans à 21 ans.
  • Il sera interdit de fumer dans tous les lieux publics.
  • Il sera également interdit de posséder du cannabis sur les terrains ou dans les locaux d’un établissement collégial ou universitaire.
  • Une succursale de la SQDC ne pourra se retrouver à une distance de moins de 250 mètres d’un cégep ou d’une université, sauf à Montréal où la distance minimale sera de 150 mètres.

Ce qu’ils ont dit

« Pour la CAQ, on revient à l’époque de la prohibition. Ça a tellement bien marché, la première fois, la prohibition. » –André Fortin, critique libéral en matière de santé publique

« 60 % des Montréalais sont locataires. Le message que les gens doivent comprendre, c’est que le cannabis est légal, mais que vous ne pouvez pas fumer chez vous et que vous ne pouvez pas fumer dans les lieux publics. » –Valérie Plante, mairesse de Montréal

« Ça souligne quelques questions, qu’un jeune de 18 ans, cette semaine, pourrait aller acheter du cannabis de façon légale, mais dans quelques mois devrait seulement aller l’acheter chez les Hells [Angels]. Ce sont des questions auxquelles le gouvernement va devoir répondre, mais ils prendront leur décision comme ils ont le droit de le faire. » –Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« Les jeunes sont présentement la plus grande cohorte d’utilisateurs de cannabis, et nous voulons nous assurer que les règlements sont appropriés pour garder ce produit hors de portée pour nos enfants. » –Bill Blair, ministre fédéral de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé

« Le docteur Carmant est un spécialiste, c’est un neurochirurgien, il sait de quoi il parle, et j’étais très heureux d’entendre ce ministre dire ce que, nous, on répète depuis tout le temps, c’est-à-dire que, malheureusement, le pot peut attaquer des cellules du cerveau. » –Gérard Deltell, député conservateur

« [La CAQ a] clairement, en ce moment, un rapport trouble avec les experts, dans le domaine de la santé publique dans ce cas-ci, et dans le domaine des infrastructures et de l’urbanisme dans le cas du 3e lien. » –Sol Zanetti, député de Québec solidaire