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Iron Man au pays des licornes

Iron Man au pays des licornes

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Force est d’admettre que le gouvernement caquiste, dont son chef se donne des allures de Iron Man, semble vivre au pays des licornes.

Abaissons les seuils d’immigration et par magie, les personnes immigrantes s’intégreront mieux.

Interdisons la vente de marijuana aux jeunes de 18 à 21 ans et d’un coup de baguette, ils cesseront d’en consommer.

De toute façon, les caquistes nous l’avaient promis en campagne électorale. François Legault fait donc ce qu’il a dit. Il se tient debout. Contre vents et marées, il tient tête aux critiques, même fondées. Telle un homme de fer, il ne bronche pas.

Ayons la foi, bon peuple que nous sommes.

Heureusement, il ne suffit plus qu’un seul homme, debout devant son autel, clame une chose pour qu’elle devienne vérité.

Aujourd’hui, ça prend des preuves. Des faits. Des études. Des arguments à tout le moins, et non pas juste des slogans.

Et c’est ce qui a manqué au gouvernement Legault cette semaine avec son plan d’abaisser les seuils d’immigration et son projet de loi interdisant la vente de marijuana aux 18-24 ans.

« Moins d’immigrants, mais en prendre soin », vraiment?

Abaisser les seuils d’immigration pour mieux intégrer?

Le ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a justifié la diminution du nombre de personnes immigrantes que le Québec accueillera en 2019 à 40 000, en soutenant que cela permettrait de mieux les intégrer.

Mais en aucun temps le ministre n’a démontré que leur nombre actuel pouvait expliquer les soi-disant problèmes d’intégration.

Quels problèmes d’ailleurs?

Celui du plus haut taux de chômage des personnes immigrantes? Sûrement pas, car en abaissant le total d’immigrant-e-s, on haussera ce taux si rien ne change : c’est mathématique. Un sur 4 égale 25% alors qu’un sur deux égale 50%.

À moins que plus d’emplois soient créés et que ces personnes en bénéficient. Mais alors, la solution ne serait-elle pas plutôt de créer des jobs, plutôt que d’abaisser le nombre d’immigrant-e-s que le Québec accueille?

Parle-t-on du problème de francisation des personnes immigrantes? C’est certain que si les sommes consacrées à ce dossier restent les mêmes, en abaissant leur nombre, plus d’argent pourra être consacré à chacune de celles qui ont des besoins en francisation. Dans ce cas, ne faudrait-il pas à la place augmenter les budgets de francisation?

Peut-être que le ministre parlait alors du problème de reconnaissance des diplômes des personnes immigrantes. Sûrement pensait-il qu’en accueillant moins d’immigrant-e-s, les fonctionnaires auront moins de diplômes à examiner et, par conséquent, ils en reconnaîtront davantage.

Toutefois, s’il manque de fonctionnaires, que le gouvernement en ajoute. Trop simple comme solution. Je crois plutôt que les réticences des ordres professionnelles à ouvrir les vannes expliquent davantage le problème en question.

« Le pot c’est légal, mais pas banal », sérieux?

Dans le dossier de l’âge légal pour consommer de la marijuana, le gouvernement caquiste voudrait aussi qu'on le croit sur parole. Qu’en criminalisant la possession de pot chez les jeunes de 18 à 21, cela les découragera à en consommer.

Les faits démontrent plutôt que le tiers de ceux-ci en consomment déjà. Ça n’a pas changé, dans un sens ou un autre, depuis la légalisation. Pas plus ici qu’ailleurs dans le monde, où la consommation a été légalisée ou décriminalisée.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, ne répond d’ailleurs pas directement à ceux qui lui rappellent que son projet de loi va amener les jeunes à s’approvisionner auprès du crime organisé.

Le ministre Carmant prétend plutôt que c’est pour protéger les jeunes qu’il agit ainsi.

Comment cela peut-il se tenir alors que les jeunes iront s’en procurer auprès d’individus qui ne cherchent qu’à les fidéliser pour leur vendre d’autres substances illicites, celles-là illégales et beaucoup plus nocives?

Comment est-ce que le ministre peut-il affirmer emprunter une approche de santé publique, alors qu’il pousse les jeunes à se procurer un produit non contrôlé, de qualité inconnue et dans des milieux non recommandables?

Si aujourd’hui, un consensus existe à l’effet que la prohibition et la lutte à la drogue, telle qu’on les a connues depuis des décennies, ne fonctionnent pas, cela vaut également pour les jeunes.

Si le ministre veut que son message passe dans la population, « le pot c’est légal, mais pas banal » se plait-il à répéter, ce n’est pas en interdisant, encore moins à des jeunes pour qui, bien souvent, l’interdit attire justement.

C’est plutôt en procédant comme on le fait avec l’alcool et le tabac qu’il pourrait atteindre son objectif. Avec des campagnes de sensibilisation. En en discutant avec les jeunes, dans les écoles par exemple, dès leur jeune âge. En parlant des méfaits. D’une consommation responsable quand c’est le cas.

Gouverner avec des slogans

Malheureusement, les deux projets du gouvernement dévoilés cette semaine reposent davantage sur des slogans que sur des études sérieuses ou un plan concret et consensuelle qui, lui, s’appuie sur des faits.

Serait-ce, comme l’a écrit Antoine Robitaille au sujet de l’énoncé économique présenté lundi, que nous assistions au « spectacle d’un magicien »?

Dans les dossiers de l’immigration et de la marijuana, serait-ce plutôt que le gouvernement a en mains des études, mais qu’il nous les cache comme c’est le cas avec l’étude de faisabilité sur un tunnel entre Québec et l'île d'Orléans?

Ou encore, serait-ce que ces études, si elles existent, pourraient créer une brèche dans l’armure de Iron Man Legault et ainsi briser l’illusion du pays des licornes dans lequel on semble vouloir nous envelopper?