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Justin Trudeau a raison

Justin Trudeau a raison
Photo Pierre-Paul Biron

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Eh oui. Justin Trudeau a raison.

Je ne parle bien évidemment pas de sa position sur les pipelines, le nationalisme québécois ou sur l’immigration au Québec.

Justin Trudeau a raison dans ce qu’il a dit ce matin sur la pauvreté. Je sais. Qui l’eût cru?

Le premier ministre canadien s’exprimait de manière directe et naturelle, sans trébucher sur ses mots.

Présent à Montréal à la Guignolée des médias, M. Trudeau a dit ceci :

«C'est pas juste à Noël, c'est toute l'année qu'il faut donner. Il est important de reconnaitre à quel point la plupart d'entre nous sommes chanceux.»

Eh oui. Ce sont des mots simples. Une vérité de La Palice, diraient d’autres. Ces mots sont vrais.

La pauvreté, y compris pour les hommes et les femmes qui travaillent à petits salaires, c’est à l’année longue.  

D’où le rôle essentiel des gouvernements dans la redistribution de la richesse collective à ceux et à celles qui en ont besoin.

Or, depuis l'immense vague néolibérale des années 1980 sous Reagan et Thatcher, force est de constater que le «filet» de sécurité sociale, sous toutes ses formes, s’est passablement effiloché au fil du temps.

Certes moins au Canada et au Québec, mais il s’est quand même effiloché.

Pourtant, personne, ou presque, n’est à l’abri de la pauvreté.

Ayant grandi moi-même dans un quartier ouvrier, j’en sais quelque chose. Sans compter, une fois mes études terminées, les cruelles périodes de disette comme pigiste.

***

Décédée avant que n'existe la perception automatique des pensions alimentaires, après son divorce, ma mère, même si elle prenait grand soin de ma sœur déficiente intellectuelle, a dû passer ses dernières années sur l’aide sociale.

Son premier logement post-séparation était un demi-sous-sol humide comme une éponge.

Son deuxième, un appart mal isolé et tout petit.

Son troisième et son dernier avant sa mort, un deuxième étage modeste, mais au moins, il était relativement rénové. Un appart dans lequel elle n’a cependant vécu que quelques mois avant son dernier départ.

Toutes ses années de pauvreté, ma mère, comme tant d’autres, a aussi poiroté sur les interminables listes d’attente pour un HLM – un clé parmi d’autres pour retrouver un semblant de qualité de vie. Mais quand elle est morte. elle était encore sur la liste d’attente...

En éduquant et en prenant soin de ma sœur comme la prunelle de ses yeux, ma maman avait pourtant tout donné d’elle-même à ses enfants et à la société.

Comme quoi, nous ne vivons pas -  et nous ne vivrons jamais -, dans une méritocratie...

Combien d’autres, comme elle, n’ont jamais vraiment vécu ce que c’était que le «confort» matériel?

***

À chaque Guignolée, c’est en son nom que je donne.

C’est aussi en son nom que j’espère encourager le partage.

Car bien avant d’être un «don», ce geste, dans les faits, en est un de partage. Lorsqu’on a la chance de pouvoir le faire, bien entendu.

La pauvreté, je la connais bien.

Enfant, même avant lorsque mes parents étaient mariés, à cause de l'alcoolisme de mon père, j’ai connu les logements de Montréal parmi les pires.

Coquerelles, moisissures, le vent qui rentre par les fenêtres et les murs mal isolés. Le bruit et les chicanes des voisins.

La honte d’inviter les amis parce que nos meubles étaient usés par défaut de pouvoir en acheter d’autres.

Et pourtant, je ne sais trop comment, ma mère s’arrangeait toujours pour que nous mangions bien.

À Noël, elle avait passé toute l’année à se mettre péniblement quelques dollars de côté pour nous offrir les cadeaux qui nous feraient plaisir.

Une fois par année, grâce à elle, on oubliait qu'on était pauvres.

Je dis que je ne sais pas trop comment elle faisait, mais dans la réalité des choses, je le sais fort bien.

Ma mère, encore une fois comme tant d’autres dans des conditions similaires, se privait elle-même de tout. Même de l’essentiel.

Cela n’avait aucun sens, mais enfants, on n’y voyait que du feu.

Ce n’est que beaucoup plus tard, bien adulte, que j’ai réalisé l’ampleur de ses sacrifices.

Des sacrifices de toute une vie qui, dans les faits, découlaient d’une grave injustice : la pauvreté.

Dans une société aussi riche et avancée que la nôtre, des vies comme celle de ma mère, il en existe encore. Plus même qu’on le pense.

Il s’agit seulement de se promener dans certains quartiers plus défavorisés pour le voir.

La pauvreté, la vraie, c’est dur et c’est laid.

Ça mine la santé, physique et morale.

Ça mange toutes nos énergies.

La pauvreté n’a rien de pittoresque ou de poétique.

La pauvreté est un tue-monde.

***

Évidemment, quand on le peut, partager ce qu’on a dans la période de Noël n’y change rien sur le fond.

Pour ça, il faut des gouvernements prêts pour vrai à prendre le taureau de la pauvreté par les cornes.

Mais individuellement, cela ne nous empêche pas de partager en cette période tellement plus difficile encore quand on manque d’argent.

Partout, on nous assaille de pubs.

Acheter, acheter, acheter! Acheter n’importe quoi, même en panique le 24 décembre, mais acheter!

Quelle folie furieuse.

La Guignolée, c’est une pause dans la folie. Une pause courte, mais une pause quand même.

Une pause qui nous dit qu’au-delà de cette guérilla de la consommation décervelée et endettante, pour les plus vulnérables d’entre nous, les denrées essentielles restent ce qu’elles sont : essentielles.

Mais aussi, que de se gâter un peu, c'est bien la moindre des choses.

La bonne nourriture, les produits d’hygiène, les aliments non périssables, des gâteaux, les couches, les aliments pour bébés, les produits d’entretien ménager, etc....

Pour savoir plus en détails ce qu'on peut partager, c’est ici.

Quand on manque de tout, tout est essentiel à Noël.

Et comme la pauvreté, c’est à l’année longue... Le partage peut certainement l’être aussi.