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Suicide chez les hommes: briser les mythes et les stigmates...

Suicide chez les hommes: briser les mythes et les stigmates...
Photo Steve E. Fortin

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La sonnerie de mon téléphone portable me tire du lit. J’avais oublié de l’éteindre; je la ferme toujours avant d’aller au lit. C’était prémonitoire, en quelque sorte.

Au bout du fil, un vieux pote. J’ai compris tout de suite que quelque chose n’allait pas.

On fait ça court. On s’entend pour se rencontrer dans l’heure. On déjeunera. Un café, vite un café.

Mon pote avait proposé le Coq d’or, je l’y rejoins. Je l’aperçois à côté de sa voiture, la clope au bec.

«T’avais pas arrêté du fumer toi?»

Ce matin-là, j’ai entendu le récit d’une détresse que je connaissais trop bien. Celle d’un homme qui peinait avec sa paternité, celle d’un homme qui était au bord de l’éclatement.

Cette foudroyante douleur qui peut faire dire, yeux dans les yeux, que tu pries le soir pour que celui d’en haut vienne te chercher, toi, et ton enfant. Ces paroles, qui m’avaient fendues en deux.

Je ne lui en ai pas voulu de me les dire; elles m’ont déchiré, tout jeune papa que j’étais moi-même à cette époque.

Je me souviens de ça, c’était un peu avant le temps des Fêtes, ce moment où la détresse frappe, pour certains, cette période de l’année où ressortent en masse les douleurs ensevelies.

Mon pote s’en est sorti. Il a parlé, il a consulté, il est passé à travers. Lui, sa conjointe, son enfant. Il se porte bien aujourd’hui. Et il n’hésite pas à parler, c’est le principal; ne pas tout garder en dedans. Pas facile. Pour les hommes, surtout.

Pourquoi causer de ça maintenant?

Car rien n’a changé.

Au cours des sept derniers jours, dans la périphérie de mes connaissances, trois suicides (deux connaissances et un autre dont le geste s’est imposé de par le métier d’amis dont c’est le rôle d’être appelés sur les lieux; ces premiers répondants à qui il faut aussi penser dans les circonstances, ne l’oublions pas). Encore. Chaque fois, des hommes. Dans la force de l’âge, mais terrassés en dedans.

Discrètement, je questionne un intime de l’un de ces deux malheureux. «Avait-il laissé quelque signe que ce soit? Sa dernière publication sur Facebook remonte à 48 heures avant le geste. Étrange. Il avait l’air sur le party pas mal!»

Aucun signe à son cercle d’amis rapprochés. Sur son mur, amis et familles s’émeuvent du geste. «Pourquoi?» Encore et encore.

Chaque jour, trois Québécois s’enlèvent la vie. Au Québec, les hommes représentent plus du trois quarts des suicides chaque année. La tranche d’âge 35 à 64 ans étant la plus vulnérable.

Des données connues.

Ce qui aide, c’est de s’attaquer aux stigmates qui entourent toutes les questions de santé mentale, de dépression, de colère. Surtout chez les hommes.

L’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) publie d’ailleurs un questionnaire sur son site à propos des mythes et des réalités concernant le suicide. L’un de ses mythes, qu’il est important de combattre, parler du suicide n’encourage pas de passer à l’acte. Même pour une personne que l’on croit vulnérable.

À l’inverse, parler du suicide aide à démystifier ce sujet et peut aider une personne en détresse selon l’AQPS.

Pas facile cependant. Pour l’avoir fait, c’est raide en ta. Mais faut y aller, faut briser la glace. «Fait pas l’fou mon vieux! Tu sais que tu m’appeler n’importe quand. C’est pas des paroles en l’air. Fait pas l’con. Je suis là.»

Mais difficile de dire le mot. À mon pote, ce matin-là, je n’avais pas dit le mot. Mais tout était clair quand même. Avant qu’on se quitte, j’avais serré très fort mon pote. Crisse que cela avait fait du bien.

En terminant, j’ai une pensée pour Julie, qui a bossé des années au centre de crise 24/7 en Outaouais. Des écorchés, elle en a vu, et aidé, à la pelle; à Ghyslaine et Yves aussi, qui ont fait le même boulot, dans La Petite-Nation. Et à tous les autres qui se dévouent, qui sont là, qui veulent aider, sincèrement.

Faut pas hésiter un seul instant.

À Saint-Denis, à Charrette aussi. Deux de mes potes qui sont partis trop vite.


Si vous avez besoin d’aide, appelez sans hésiter au 1 866 277-3553. Pour le site web de l’Association québécoise de prévention du suicide, cliquez ici.

Vous pouvez aussi consulter ici la page Facebook du Regroupement des Centres de prévention du suicide du Québec.