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La politique des apparences

Catherine Dorion
Photos Simon Clark Catherine Dorion (à gauche) et Sol Zanetti (à droite), ces innocents se croient futés.

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Québec solidaire n’a pas besoin d’adversaires. Ses quelques députés déguisés en « monde ordinaire » dans les lieux hautement symboliques de l’Assemblée nationale ont réussi en quelques semaines à caricaturer définitivement leur parti.

Ces ados trentenaires mènent une « révolution » en s’accoutrant de vêtements et de chaussures dont ils croient qu’ils sont des armes idéologiquement efficaces.

Ils confondent leurs enfantillages avec leur combat politique, en l’espèce­­­, la lutte des classes dont ils sont les hérauts, c’est-à-dire ceux qui transmettaient autrefois les déclarations de guerre, à défaut d’être des héros, des personnes reconnues pour leur courage.

Ce sont des sous-produits de leur modèle absolu en la matière, Justin Trudeau en Inde, qui a provoqué un tsunami de rires qui ont fait des vagues à travers la planète entière.

Ces innocents au sens propre du terme, qui ont une estime d’eux-mêmes proportionnelle à leur allure provocatrice, se croient futés. Ils rêvent d’une Assemblée nationale décomplexée sur le modèle de ce qu’ils croient être le désir du peuple, qu’ils veulent incarner physiquement et esthétiquement.

Missionnaire

Québec solidaire se perçoit comme un missionnaire, comme la véritable incarnation du peuple. Manon Massé, par exemple, aime parler cru et dru, de façon directe, sans flafla, employant des sacres, des onomatopées ou des métaphores, genre « tarte aux pommes » pour désigner l’intervention du premier ministre à l’ouverture de la session.

C’est par de tels coups d’éclat que les députés de Québec solidaire attirent les médias comme des mouches attirées par le miel et qu’ils font la manchette au quotidien. Cette politique des apparences leur est politiquement rentable, croient-ils.

Or cette manière d’être des élus de QS est à la fois ridicule, choquante et ignorante. Les institutions et au premier chef le cœur de l’expression démocratique qu’est le Parlement devraient fonctionner dans le plus grand respect du décorum. Personne ne peut se comporter dans la Maison du peuple comme s’il était chez lui.

Traditions parlementaires

L’Assemblée nationale revêt un caractère quasi sacré. C’est un lieu où la politique ne s’exerce pas comme elle peut se dérouler dans la rue. C’est la raison pour laquelle les citoyens ne peuvent accepter le fait que leurs représentants aient un comportement qui témoigne d’un manque de dignité et de respect des règles, sans égard pour les traditions parlementaires. À l’Assemblée nationale, l’habit fait le moine.

Si les règles de conduite à l’Assemblée nationale sont floues, c’est que personne ne pouvait prévoir que des élus se présenteraient un jour en baskets, en jeans et en camisoles ou chaussé d’une paire de bottines Dr Martens, les chaussures dont raffolent les voyous casseurs.

En société, la loi n’est pas le seul critère de référence. Les normes sont essentielles dans les lieux de travail. La vie en société ne peut tolérer des comportements de gens qui se croient le nombril du monde et refusent de respecter les institutions qui les contiennent. Que ces élus changent de rôles. Qu’ils deviennent des amuseurs publics plutôt que des représentants du peuple.