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Nos sympathiques voisins du sud

Le nouveau président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, au centre.
AFP Le nouveau président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, au centre.

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Le résultat des élections au Mexique devrait nous faire réfléchir, nous indépendantistes québécois.

Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a été élu à la tête du Mexique grâce à une coalition de centre-gauche, Juntos Haremos Historia (Ensemble, nous ferons l’Histoire), formée de trois partis : le Mouvement Regeneración Nacional, le Partido del Trabajo (le Parti du travail) et le Parti Encuentro Social (Rencontre sociale).

Une coalition, est-ce ça vous sonne les cloches, militants de QS? Le nom de cette coalition est des plus explicite : Ensemble, nous écrirons une nouvelle page d’histoire pour le Mexique. C’est-à-dire que seuls, c’est impossible, même avec le torse bombé d’une gloire de pacotille et des bottes Dr Martens (lors du premier gouvernement du Parti québécois, en 1976, on disait des députés et ministres péquistes qu’ils chaussaient des bottes Kodiac, pour leur allégeance au mouvement syndical... les temps changent).

La coalition contrôle et la Chambre des députés et le sénat, ce qui ne s’était  pas vu depuis 1994. Malheureusement, elle ne possède pas les deux tiers des voix, moyenne nécessaire pour faire adopter les importantes réformes constitutionnelles que se propose de mener le nouveau gouvernement, mais chaque chose en son temps.

Et qu’a fait le nouveau président mexicain, entre autres premières mesures ? Vendre l’avion présidentiel qui avait coûté des millions $ ainsi qu’une centaine d’avions et d’hélicoptères. Que fera le président du Mexique ? Il voyagera désormais comme tout le monde, à bord de vols commerciaux, des vols « low cost » comme il l’a fait pendant sa campagne électorale. Ça n’a rien à voir avec du tape-à-l’œil enfantin.

Il a aussi annoncé du même souffle qu’il n’habiterait pas la luxueuse maison présidentielle, Los Pinos, cinq fois plus grande que la Maison Blanche à Washington ! Cette résidence présidentielle, que plusieurs qualifient de « pharaonique »,  sera convertie en musée et espace public. Déjà, pour la première fois en 85 ans, des milliers de Mexicains ont pu la visiter et l’admirer. AMLO réduira aussi son salaire de moitié et se défera de sa « garde rapprochée », qui compte quelques milliers de soldats. Il aussi invité, pour la première fois dans l’histoire du pays, les nations indigènes à la cérémonie de prise de pouvoir.

Ce sont des mesures plus que symboliques, qui font de ce président une personne plus près de ses commettants et qui donnent à la fois les couleurs des changements annoncés par Andrés Manuel López Obrador : abolir le décret signé par le précédent président Peña Nieto sur la privatisation de l’eau, inclure dans la Constitution le droit à une éducation publique et gratuite à tous les niveaux, aggraver les peines pour les délits de fraude et de corruption et suspendre les privilèges d’immunité  pour le président et les fonctionnaires qui pourront désormais être inculpés pour délits de fraude, mettre fin à la violence en créant un Secrétariat de la Sécurité publique, ce qui sera une tâche ardue car le Mexique est considéré comme le pays le plus violent au monde, etc.

Avec ses 132 millions d’habitants et ses 24 millions d’immigrants dispersés un peu partout, le Mexique est la deuxième économie de la région, après le Brésil. Ses ressources naturelles sont immenses, dont d’importantes réserves pétrolières. Le nouveau gouvernement peut donc jouer un rôle important dans le réalignement des planètes en Amérique latine, après l’arrivée d’un gouvernement d’extrême-droite au Brésil, qui a déjà annoncé qu’il réprimera violemment toute forme d’opposition et qu’il sera intraitable envers les homosexuels.

Dans son discours d’intronisation, AMLO a parlé d’un « cambio de regimen »  (changement de régime), rien de moins. Souhaitons qu’il puisse y arriver, tous les pays de la région en bénéficieront. C’est déjà un miracle qu’il soit encore en vie dans ce pays où les cartels de la drogue font la pluie et le beau temps et où des milliers de journalistes et de femmes ont été assassinés impunément.