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De la camisole à la parole

Catherine Dorion, députée de Taschereau
Photo Simon Clark

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Catherine Dorion a volé la vedette depuis la rentrée parlementaire à Québec. À propos de la ligne de coke et du 3ième lien à Québec, de son nouveau char ou encore de son habillement, la députée solidaire de Taschereau a fait parler d’elle en masse.

En aussi peu de temps, c’est bien davantage que ce que la moustache de Manon Massé a pu provoquer comme réactions quand la co-porte-parole de Québec solidaire est arrivée en politique. C’est peu dire.

Du côté de l’équipe des communications de QS, on doit se réjouir de cette couverture médiatique. Comparativement à l'époque où ce parti était à peu de choses près boudé par les médias, c’est toute une révolution.

« Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en », dit-on souvent. Mais en politique, ce n’est pas tout à fait vrai selon moi.

Demandez au Président français, Emmanuel Macron, s’il croit en cette expression ces temps-ci. Pas certain du tout.

Déficit de crédibilité

Pendant ce temps, les député-e-s solidaires ont prononcé d’excellentes allocutions à l'Assemblée nationale, en réplique au discours d’ouverture du Premier ministre.

Des exemples : Fontecilla sur l’immigration. Gazal sur la transition économique et écologique. Zanetti sur la santé et le pays. Lessard-Therrien sur l’agriculture et l’occupation du territoire. Marissal sur les finances publiques et la fiscalité.

Et que dire du discours de Catherine Dorion sur la culture. Même ses détracteurs ont souligné son excellence et sa prestance.

Mais rien, ou à peu près, n’est ressorti dans les médias de masse. À part les « vendus d’avance », bien peu de gens ont entendus les Solidaires, encore moins ceux que QS veut convaincre de sa crédibilité.

Car il s’agit là d’un défi majeur pour ce parti : passer de la sympathie à la crédibilité.

Dans ce contexte, je me demande si on n’a pas poussé le bouchon un peu trop loin avec l’histoire du code vestimentaire à l’Assemblée nationale. Est-ce réellement un enjeu fondamental? Est-ce vraiment la meilleure façon de dépoussiérer l’Institution? N’y a-t-il pas d’autres moyens de combattre l’élitisme et de faire en sorte que les élu-e-s de l'Assemblée nationale cessent d’être perçue comme étant déconnectés du "monde ordinaire"?

Comprenez-moi bien. Je me fous royalement de la camisole de Catherine Dorion. Comme j’ai toujours trouvé ridicule qu’on me force à porter une cravate pour entrer au Salon rouge ou au Salon bleu quand j’y travaillais. J’ai fini par trouver ça amusant de me déguiser.

Mais, depuis deux semaines, j’aurais aimé mieux qu’on entende la parole de la députée solidaire, et celle de ses collègues.

Même Manon Massé a reconnu qu’elle « aurait personnellement aimé beaucoup plus entendre [parler de] l'urgence climatique. Le peuple, je pense, aussi ».

La faute aux médias?

On me dira qu’on ne peut pas contrôler ce qu’écrivent les journalistes ou racontent les commentateurs politiques et les lectrices de nouvelles. C’est vrai.

Après tout, ça "flash" bien plus de raconter l’histoire d’une rebelle au parlement que de rapporter tout simplement ce qu’elle a à dire.

Mais ça n’explique pas tout. 

S’il est exagéré de dire que tout cela a été "stagé", il y a certainement quand même un peu de stratégie de la part de l’équipe de communications du parti.

Le message maintenant

Mais une question me chicotte : si ce genre d’histoires intéressent tant que ça les médias, et considérant qu’en général ceux-ci n’ont pas l’habitude de glorifier QS, est-ce que ce genre de couverture profite à sa crédibilité?

Bien sûr que ça (ré)conforte les "convaincus".

Mais ça ne convainc sûrement pas tous les autres qui ont voté pour QS à la dernière élection ou qui pourraient être tentés de le faire la prochaine fois. Celles et ceux qui doutent encore de la crédibilité de QS. Celles et ceux qui, à la limite, pourraient considérer qu’un certain décorum se peut à l’Assemblée nationale.

Celles et ceux pour qui une camisole a fait ombrage à la parole.

Mais la suite des choses peut être intéressante pour QS. Une fois l’attention des médias captée, ne lui reste maintenant plus qu’à réussir à mettre le focus sur le message au lieu de la messagère.

Suffit d’écouter la vidéo de Catherine Dorion sur la ligne de coke et le 3ième lien pour s’en convaincre. La députée solidaire a quelque chose à dire. Sa parole est peut-être "originale", mais elle est surtout pertinente.