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Legault utilise des chiffres douteux

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 Débusquer les fausses nouvelles, vérifier les déclarations des politiciens, trouver les vrais chiffres : les recherchistes de notre Bureau d’enquête, basées à Montréal, Québec et Ottawa, se spécialisent dans l’art de rétablir les faits. Chaque samedi, elles vous présentent leurs trouvailles pour vous permettre d’y voir plus clair dans l’actualité de la semaine.  

 L’énoncé 

 Le premier ministre François Legault a justifié, jeudi dernier à l’Assemblée nationale, sa décision de baisser les seuils d’immigration par le faible taux de rétention des immigrants au Québec. 

 « Vingt-six pour cent des nouveaux arrivants quittent le Québec. Ça, c’est 13 000 sur 50 000 qui quittent le Québec. Donc, il faut mieux choisir, en fonction des qualifications, les nouveaux arrivants, il faut mieux les intégrer, reconnaître mieux les diplômes, l’expérience », a martelé le premier ministre. 

 Les faits 

 M. Legault se base sur des statistiques qui ne sont pas tout à fait exactes. Les données qu’il cite sont tirées du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), qui dit que 74,2 % des immigrants restent dans la province (donc 26 % d’entre eux partent). 

 Toutefois, l’Institut du Québec, un centre de recherche associé à HEC Montréal, expose les limites de ces chiffres dans un rapport publié en septembre. On peut y lire que le MIDI calcule le taux de présence des immigrants à partir des données des renouvellements des cartes d’assurance maladie. « Il existe cependant certaines limites à cette donnée parce qu’elle ne capte pas les décès et les non-renouvellements des cartes », explique le rapport. 

 Le taux de rétention des immigrants au Québec serait plutôt de l’ordre de 84,35 % après cinq ans, ce qui équivaut à 7825 personnes sur 50 000 qui partent, et de 81,8 % après 10 ans selon les données de Statistique Canada qui se penchent sur les immigrants au Canada depuis une trentaine d’années. 

 Le premier ministre s’est d’ailleurs contredit lui-même en déclarant une journée plus tôt pendant la période de questions de mercredi que « sur 50 000 nouveaux arrivants, il y en a plus de 10 000 qui quittent le Québec parce qu’ils ne trouvent pas un emploi intéressant ».