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Les parents des lapins

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J’écris souvent des chroniques sur les petits lapins.

Les milléniaux qui se roulent en boule dès qu’on leur adresse la moindre critique.

Mais cette génération n’est quand même pas née de la cuisse de Jupiter.

Ils ont eu des parents, ces jeunes. C’est bien beau, critiquer la pomme, mais qu’en est-il du pommier ?

Ne dit-on pas qu’il faut juger l’arbre à ses fruits ?

Un coffre à outils vide

Au cours des dernières semaines, Le Journal a publié les textes de six jeunes qui rêvent de devenir chroniqueurs.

Dans un de ses billets, publié le 6 novembre dernier, la « novice » Madeleine Pilote-Côté (qui a une sacrée plume malgré son jeune âge) accusait la génération de ses parents d’avoir trop protégé ses enfants.

« Ils nous ont maintenus dans un paradis improbable où l’échec, les revers et les malheurs n’existent pas.

« À trop vouloir éviter à ceux qu’on aime de vivre les difficultés propres à leur génération, on les handicape sévèrement pour le reste de leurs jours.

« Il est là, le choc : cohabiter avec des adultes qui ont de l’expérience et un coffre à outils bien garni, alors que le nôtre est vide et le sera longtemps, car on ne nous a pas appris à nous servir d’un marteau de peur que l’on se cogne les doigts. »

Madeleine a parfaitement raison.

Si les milléniaux se comportent souvent comme des petits lapins, c’est parce que nous les avons élevés ainsi !

Dans des cages. Avec des tonnes de carottes, mais aucun bâton.

Vive l’échec !

Il y a quelques années, j’ai écrit un texte sur le dur « métier » de parent.

Un bon parent fait en sorte que son enfant puisse se passer de lui, écrivais-je. C’est le boulot le plus difficile au monde : apprendre à un être que l’on aime par-dessus tout à nous tourner le dos et à vivre sa vie.

Comme le chantait Serge Reggiani dans Ma fille (une chanson que je ne peux écouter sans verser des larmes) : « Mon enfant, mon petit / Bonne route... Bonne route / Tu prends le train pour la vie / Et ton cœur va changer de pays... »

Eh bien, l’autre défi paradoxal du parent est de laisser son enfant se planter. Se faire mal. Échouer.

Demandez à n’importe quelle personnalité qui a réussi : il n’y a pas de meilleure leçon que l’échec. C’est la meilleure formation au monde.

Il y a même un producteur, Robert Boulos, qui organise des « fail camps » — des séries de conférences sur le thème de l’échec !

Protéger ton enfant de l’échec, c’est l’empêcher de vieillir.

C’est comme si on voulait que nos enfants restent à jamais des êtres vulnérables – donc, dépendants.

On dit qu’on fait ça pour eux, pour les protéger. Mais en fait, on fait ça pour nous.

Un grand paradoxe

On se plaint que les petits lapins sont susceptibles, délicats et hyper sensibles.

Mais on ne leur a jamais permis de se laisser « pousser » une carapace !

C’est le grand paradoxe de la vie : en voulant faire le bien, on fait souvent le mal.

On croit protéger, alors qu’on fragilise.