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Mes enfants n’iraient pas aux Pères Maristes

Seminaire des Peres Maristes
Photo d’archives, Jean-François Desgagnés Séminaire des Pères Maristes

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Si j’avais une fille, je ne l’enverrais pas au Séminaire des Pères Maristes (SPM), à Québec. J’aurais peur qu’elle n’y soit pas respectée. Si j’avais un garçon, il n’irait pas là non plus. J’aurais peur qu’on en fasse un trou de cul.

En avril dernier, trois adolescentes fréquentant le SPM se sont plaintes que des garçons âgés de 12 et 13 ans les avaient contraintes à leur envoyer des photos d’elles nues, qu’ils auraient ensuite fait circuler à l’école. Le 3 mai, six garçons étaient arrêtés. Cinq d’entre eux seront plus tard accusés notamment de leurre et de distribution de pornographie juvénile.

Qu’a fait la direction de l’établissement à ce moment-là ? Elle a brièvement suspendus les garçons, puis s’est assurée qu’ils puissent poursuivre leur année dans un autre bâtiment, afin qu’ils ne croisent pas les victimes. Elle prévoyait les réintégrer dans ses services réguliers en août.

Évidemment, ça ne passait pas auprès des plaignantes et de leurs parents qui estimaient qu’on protégeait davantage les jeunes accusés que les victimes, mais la direction n’a pas bronché. Au contraire, certains des garçons sous enquête ont même reçu un prix lors du gala méritas.

Ce n’est pas une blague.

Récompense

Le directeur de l’établissement, François Sylvain, a expliqué qu’il s’agissait de ne pas se substituer à la justice. En cette ère post #moiaussi, la présomption d’innocence serait bien souvent malmenée, hélas.

Pourtant, il me semble que dans mon adolescence pré #moiaussi, un élève faisant l’objet d’une plainte criminelle de la part d’une autre élève de mon école n’aurait pas reçu de récompense de la direction. Enfin... Il faut dire qu’on vit à une époque où on peut devenir juge à la Cour suprême des États-Unis même lorsqu’on est soupçonné de viol.

Puis, début août, le ministère de l’Éducation a blâmé la direction de l’école privée pour sa pathétique gestion de la crise.

Tant et si bien que le CA de l’établissement a alors décidé d’expulser les garçons. Décision rapidement invalidée par la Cour supérieure, saisie par les parents de trois d’entre eux, invoquant le délai trop court pour replacer leur rejeton dans une autre école privée. Les garçons ont donc été réintégrés. Ce sont donc deux des victimes qui ont choisi d’aller étudier ailleurs.

Depuis, trois des jeunes ont plaidé coupables aux accusations qui pèsent contre eux. L’école a toutefois choisi de les garder quand même, histoire de se conformer à la décision du tribunal plutôt que de chercher à la faire réviser.

Le bon sens

Sauf que cette semaine, le SPM a fini par expulser un des jeunes en question pour d’autres gestes inappropriés qu’il aurait commis, estimant qu’il ne respectait pas ses conditions de réadmission. Le Service de police de la Ville de Québec confirme qu’il a reçu deux plaintes.

Bref, des gestes qui auraient pu être évités si la direction de l’école avait eu le bon sens de renvoyer les jeunes au printemps plutôt que de leur envoyer le message que c’est de leur côté qu’elle était.

Mais bon. Quelqu’un, quelque part, a oublié que la mission de toute école, qu’elle soit privée ou publique, c’est de faire du monde avec nos jeunes, filles comme garçons. Ce quelqu’un semble avoir eu peur devant des parents qui paient pour que l’école gère leur enfant dans la journée, pas pour qu’elle l’éduque.

Et ce quelqu’un devrait manifestement perdre sa job.