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Pour en finir avec le «body shaming»

Catherine Senécal
Photo courtoisie, Laurence Labat Catherine Senécal

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Dans un monde où la minceur est valorisée à outrance, la psychologue Catherine Senécal rappelle d’être attentif au fat shaming et même au body shaming, ces comportements qui dévalorisent l’apparence physique et le surplus de poids. Elle décrit ces attitudes et leurs effets pernicieux dans son nouveau livre, Ton poids, on s’en balance.

Dans son livre, la psychologue spécialisée dans le traitement des troubles des conduites alimentaires explique que les conversations de fat shaming sont plus fréquentes chez les adolescentes et chez les jeunes femmes. Il s’agit d’attitudes et de propos méprisants et discriminatoires à l’endroit des gens qui ont un surplus de poids, propos qui peuvent aussi prendre la forme de l’autocritique.

« Le fat shaming, on en entend parler, mais on ne connaissait pas le terme. Quand tu passes dans la rue et que tu entends les gens faire des commentaires sur l’image corporelle d’une personne, c’est du fat shaming. C’est à éviter et même à éviter à soi-même », observe-t-elle.

<b><i>Ton poids, on s’en balance</i></b><br />
Dre Catherine Senécal<br />
Les Éditions de l’Homme, 200 pages
Photo courtoisie
Ton poids, on s’en balance
Dre Catherine Senécal
Les Éditions de l’Homme, 200 pages

« Souvent, les gens qui sont moins bien avec leur image corporelle vont être portés à se dévaloriser. Comme si c’était pas permis d’en parler autrement qu’en se tapant dessus. C’est important qu’on arrête de faire ça parce que c’est extrêmement dommageable. »

Pression sociale

Ces comportements ont un effet toxique sur l’estime de soi et le développement sain. La spécialiste confirme que les jeunes font face à beaucoup de pression sociale par rapport à leur poids et à leur apparence physique.

« Je ne pense pas que ça ait changé tant que ça. Les médias sociaux ajoutent peut-être une petite coche qui n’était pas là avant : si tu te fais intimider sur ton poids à l’école, toute la journée, dans mon temps ça arrêtait quand on rentrait à la maison. Là, ça continue le soir, la nuit, tout le temps. Les médias sociaux sont omniprésents. »

Elle note que la pression est similaire pour les femmes... mais plus importante sur les hommes qu’avant. « De plus en plus, on voit des hommes très découpés, musclés. Il y a beaucoup d’hommes qui parlent des diètes qu’ils font, des entraînements qu’ils font. Toute la mode du paléo et des entraînements crossfit a amené une pression sur les hommes. »

Troubles alimentaires

Les troubles des conduites alimentaires apparaissent à des moments charnière. « L’anorexie commence à l’enfance et au début de l’adolescence, tandis que la boulimie, en général, apparaît au début de l’âge adulte. L’hyperphagie apparaît à la quarantaine et à la cinquantaine. C’est la grande moyenne, mais il y a des exceptions. »

Les parents doivent surveiller certains signes. « Les troubles alimentaires viennent souvent avec une vie parallèle : ça fait partie du portrait de ne pas tout dévoiler et d’avoir des comportements secrets. On peut surveiller les comportements où on reconnaît moins notre enfant : un changement d’habillement, un changement d’amis. Tout à coup, il ne mange plus certaines choses à la table ou refuse certains menus. Il va prendre le contrôle de la cuisine et imposer ses recettes. »

Blâmer une personne pour son surpoids n’est pas aidant, estime-t-elle. « Si notre enfant est en surpoids, ce n’est pas nécessairement une question de malbouffe. Ça se peut aussi que ce soit une dépression majeure. Il y a des enfants qui vont outremanger parce qu’ils sont malheureux, ou parce qu’ils vivent de l’intimidation.


► Catherine Senécal est titulaire d’un doctorat en psychologie.

► Elle a fondé les cliniques de psychologie cognitive comportementale CHANGE.

► Elle se spécialise dans le traitement des troubles des conduites alimentaires.

► Elle est coauteure avec Isabelle Huot du best-seller Cessez de manger vos émotions.