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Gilets jaunes en France: contre la vie chère... et pour la planète

Gilets jaunes en France: contre la vie chère... et pour la planète
AFP

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Ça fait un mois que les bulletins de nouvelles du weekend nous parlent du mouvement des gilets jaunes en France. Au départ en nous présentant la colère citoyenne contre la taxe sur le carburant comme une sorte de révolte populaire; ensuite en diffusant des images de casses et de répression policière pour finalement commencer à nous expliquer un peu plus les enjeux derrière les manifestations qui se tiennent à tous les samedis depuis quatre semaines.

Il était temps. Parce qu’au fond, le mouvement des gilets jaunes est une illustration de la «nouvelle» contestation du pouvoir au 21e siècle. À l’heure des réseaux sociaux, affilié à aucune mouvance politique clairement, diffus dans sa composition, le mouvement français réunit des citoyennes et des citoyens, de différentes classes sociales et de différentes origines, qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts et qui, de plus en plus, expriment leur colère à l’égard des privilèges accordés aux plus riches.

Les mots de deux pancartes vues à la TV samedi me reviennent en tête quand je pense au mouvement des gilets jaunes : «Contre la vie chère» et «C’est à eux de payer».

En France en 2019, le revenu du 1% les plus riches va augmenter de 6% et les 0,1% d’entre eux seront plus riches de plus de 130 000$. Pendant ce temps, les 20% les plus pauvres vont voir leurs revenus diminuer suite aux politiques des derniers gouvernements français (nouvelles taxes, gel des prestations sociales, réforme des allocations logements, baisse des retraites, etc.).

Gilets jaunes et gilets verts : même combat

Le Président Macron a bien tenté de justifier sa taxe sur le carburant en évoquant sa volonté de combattre les changements climatiques, mais cet argument ne colle pas.

En fin de semaine passée, des gilets jaunes manifestaient aux côtés de Français qui marchaient pour le climat, comme des dizaines de milliers d’autres citoyens partout dans le monde dans le cadre de l’appel baptisé «Debout pour le climat», en prévision de la COP24 prévue la semaine prochaine en Pologne.

À Paris, les gilets jaunes et les écologistes scandaient à l’unisson : «Fin du monde, fin du mois, même combat». Ou encore : «Gilets jaunes, gilets verts, on est tous en colère».

Les Français ne sont pas dupes. Ils comprennent très bien l’astuce gouvernementale qui pourtant, depuis des années, favorise l’utilisation de l’automobile en poussant vers la campagne et la périphérie des grandes villes, là où la voiture est essentielle aux déplacements, ceux qui ne peuvent plus se payer une vie dans les centres urbains, où parfois le transport en commun permet de ne pas utiliser tous les jours sa voiture pour aller travailler.

Les Français savent très bien qu’ils ont affaire à un gouvernement qui ne fait rien pour développer les transports collectifs : rappelons-nous les coupures du gouvernement français au printemps dernier dans les budgets de la SNCF, la société publique des chemins de fer, qui a dû supprimer son offre de services sur plus de 11 000 km de voies ferrées.

Pendant ce temps, plus de 500 M$ de la taxe carburant serviront non pas à la transition écologique, mais bien à compenser la perte de revenus pour l’État français causée par l’élimination de l’impôt sur la fortune des plus riches. Comme si ce n’était pas assez, le gouvernement français permet à la compagnie pétrolière Total de poursuivre ses explorations d’extraction tout en étant exonéré de toute contribution fiscale.

Aux nouvelles françaises de fin de journée dimanche, un manifestant portant un gilet jaune à la marche pour le climat à Paris a bien résumé l’alliance qui commence à se tisser sur le terrain : «La transition écologique sera sociale ou elle ne sera pas

Ça a le mérite d'être clair.