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40 000 immigrants plutôt que 50 000, qu’est-ce que ça change?

40 000 immigrants plutôt que 50 000, qu’est-ce que ça change?
Photo d'archives, Simon Clark/Agence QMI

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Réponse courte : À peu près rien.

Réponse détaillée :

D’abord, soulignons que cette diminution serait somme toute relativement modeste. Le Québec ne serait d’ailleurs pas en terrain inconnu, car 40 000 serait un nombre toujours supérieur à la moyenne historique accueillie depuis les années 70 (soit environ 34 000). Rapporté à la taille de la population, le taux serait ramené de 0,6% à 0,5%. C’est environ 30% supérieur à ce qui est observé dans le reste de l’Amérique du Nord et dans l’Union Européenne au cours des dernières années.

Tel que présenté à la figure ci-bas, le Québec, à 40 000 immigrants/an, serait légèrement à la traine des autres provinces canadiennes (en fait, il l’est tout autant à 50 000), mais seuls 4 états américains auraient des taux supérieurs. En somme, le taux d’immigration serait semblable à celui de la Californie et du Massachusetts. Bref, à 40 000 immigrants, le Québec ne serait pas une société fermée à l’immigration. Il figurerait toujours parmi les nations occidentales les plus accueillantes.

Ensuite, concernant le vieillissement démographique, l’effet de cette diminution serait à peine perceptible numériquement parlant. Au moyen de projections démographiques, je présente à la figure ci-bas cet impact sur la proportion de la population âgée de 65 ans et plus au Québec. Cette proportion est de 18,1% en 2016. Selon le scénario à 50 000 immigrants (en orange), elle atteindrait 26,9% en 2036. Si les seuils sont réduits à 40 000, la proportion serait à peine plus élevée, soit 27,3% (en bleu). Bref, en supposant des niveaux réalistes, l’immigration n’a à peu près aucun effet sur la structure par âge. C’est une donnée pourtant bien connue chez les démographes, mais dont les politiciens sont généralement imperméables.

À 40 000 immigrants/an, la croissance de la taille de la population serait par contre un peu réduite, mais elle serait quand même suffisante pour éviter le déclin de la population, du moins pour les deux prochaines décennies. En 2036, la population atteindrait 8,9 millions d’habitants, soit environ 500 000 de plus qu’aujourd’hui, mais ce serait tout de même environ 190 000 de moins que le scénario à 50 000 immigrants. Si l’on s’inquiète du poids du Québec dans le Canada, cet écart est cependant insignifiant compte tenu de la taille de la population canadienne (bientôt 40 millions d’habitants). Le poids du Québec n’en serait affecté que par quelques dixièmes de pourcentage.

Finalement, selon la littérature scientifique, il est fort probable que l’effet d’une réduction des seuils sur la prospérité économique, sur les finances publiques ou sur une hypothétique pénurie de main-d’œuvre soit inexistant. Les arguments économiques ne peuvent empiriquement pas être évoqués dans la décision des seuils d’immigrants, tant pour justifier un déclin qu’une augmentation.

En somme, j’inviterais tous ceux qui s’imaginent l’hécatombe à respirer un bon coup et à modérer ses émotions. Cette décision de légèrement réduire les seuils ne changera à peu près rien.