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Sept ans de prison pour l'ex-«pilote des stars» Normand Dubé

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Normand Dubé prend le chemin de la prison. Au palais de justice de Saint-Jérôme, le juge Paul Chevalier a condamné l’ancien « pilote des stars » à sept ans de prison pour son attaque sans précédent de décembre 2014 sur des lignes à haute tension d’Hydro-Québec, dans les Laurentides.

Après le prononcé de la peine, l’ancien pilote et inventeur a pris le chemin du box des accusés sous les yeux de sa conjointe en pleurs. Son nouvel avocat Mario Lavigne a annoncé qu’il compte faire appel du verdict et de la peine jeudi. Il compte aussi demander sa libération sous caution.

Normand Dubé a été reconnu coupable d’avoir saboté trois lignes de transport d’Hydro-Québec, en décembre 2014. Il a amené le réseau tout près d’une « panne totale », plongé environ 180 000 clients dans le noir et compromis les exportations d’électricité. Le juge a retenu l’évaluation des dommages qu’a faite la société d’État, à près de 30 M$.

Normand Dubé s’est présenté au palais de justice de Saint-Jérôme avec un sac d’effets personnels avant de prendre le chemin du pénitencier.
Photo Matt Joyce
Normand Dubé s’est présenté au palais de justice de Saint-Jérôme avec un sac d’effets personnels avant de prendre le chemin du pénitencier.

Après le verdict en septembre, le ministère public demandait la peine maximale de 10 ans de prison contre l’ancien pilote déchu. De son côté, l’avocat de Dubé en première instance, Maxime Chevalier, demandait deux ans moins un jour.

« C’est une peine très significative qui fait notre satisfaction », dit le procureur Steve Baribeau. Selon lui, le juge envoie le message « qu’on ne peut pas s’attaquer impunément, au Canada, à un service public par vengeance ».

Le juge a retenu la théorie du ministère public, qui a plaidé que Dubé avait agi pour prendre sa revanche sur Hydro-Québec, à qui il attribuait tous ses déboires, après un simple conflit autour d’une servitude sur son terrain.

Il était surnommé le « pilote des stars » parce qu’il a conduit des avions ou des hélicoptères en compagnie de nombreuses vedettes, comme Normand Brathwaite, Grégory Charles et Bruny Surin.

Vengeance

Dans son analyse, le juge Paul Chevalier estime que le mobile de Normand Dubé, la vengeance, constitue une circonstance aggravante qui justifie l’imposition d’une peine sévère, tout comme « le nombre de foyers touchés et les pertes financières directes et indirectes subies par Hydro-Québec ».

« Le fait de s’attaquer à un service public essentiel sans penser aux conséquences aux usagers en constitue une autre et démontre une insensibilité et une culpabilité morale importantes », écrit le juge dans sa décision.

Il a aussi ordonné la saisie de l’avion que Dubé a utilisé pour causer des pannes sur des lignes à Mirabel, Brownsburg-Chatham et Wentworth.

Normand Dubé en des jours meilleurs en 2006 en compagnie de l’artiste Normand Brathwaite.
Photo d’archives
Normand Dubé en des jours meilleurs en 2006 en compagnie de l’artiste Normand Brathwaite.

Sécurité nationale

Le procès de l’ancien pilote s’est déroulé dans le secret quasi complet à cause d’une ordonnance fédérale visant à protéger la sécurité nationale. Elle interdit aux journalistes de rapporter la méthode qu’a utilisée Dubé pour causer les pannes sur les lignes d’Hydro-Québec les 4 et 5 décembre 2014 avec son avion.

Le public ne saura probablement jamais comment il s’y est pris s’il n’en tient qu’au procureur Alexis Marcotte-Bélanger. « C’est important que le modus operandi demeure confidentiel pour une question de sécurité nationale », dit-il.

Encore trois procès

Même s’il est déjà en prison, Dubé n’est pas au bout de ses peines. En plus de l’appel sur la peine d’aujourd’hui et son verdict de culpabilité pour l’attaque sur les lignes électriques, il est visé par 20 autres chefs d’accusation pour incendies criminels, méfaits, menaces de causer la mort ou des blessures et harcèlement criminel, dans d’autres dossiers.

Les victimes alléguées comprennent un homme d’affaires ainsi que plusieurs fonctionnaires, huissiers et avocats liés aux villes de Sainte-Anne-des-Plaines et de Terrebonne, ainsi qu’à l’Agence des services frontaliers du Canada.

Dubé fait aussi face à une poursuite civile d’Hydro-Québec, qui lui réclame près de 30 M$ pour les dommages qu’il a causés sur son réseau. Les méfaits de l’ex-« pilote des stars » a notamment empêché la société d’État de livrer quelque 4000 mégawatts d’exportations planifiées et l’ont forcée à acheter de l’énergie aux réseaux voisins à grands frais.

L’avion de Normand Dubé lors de sa saisie le 18 juin 2015.
Photo d’archives
L’avion de Normand Dubé lors de sa saisie le 18 juin 2015.

« Près du crime parfait »

Dans ses plaidoiries en juillet, le ministère public affirmait que Dubé était « passé près du crime parfait ».

N’eût été de travailleurs forestiers qui ont aperçu son avion au moment d’une des pannes, à Mirabel, les procureurs n’auraient peut-être pas pu parvenir à faire leur preuve.

Grâce à ces bûcherons, les policiers ont pu localiser son appareil en se servant des données de NAV Canada, la compagnie qui coordonne les mouvements aériens au pays.

Un conflit de servitude le mène en prison

2002

Un conflit éclate au sujet d’une servitude sur le terrain de Normand Dubé en faveur d’Hydro-Québec, pour accéder à une ligne électrique. Le pilote reproche à la société d’État de saccager sa propriété.

10 mai 2006

Dubé bloque l’accès à la servitude aux camions d’Hydro-Québec. Une altercation s’ensuit avec le policier Charles Gélinas. Ça lui vaut un procès criminel pour séquestration, avoir résisté à son arrestation et conduite dangereuse. Son grand ami Normand Brathwaite paye lui-même sa caution.

2007

​Dubé est libéré de toutes ces accusations.

2009

Hydro-Québec doit lui verser 50 000 $.

4 décembre 2014

Dubé survole des lignes à haute tension à Mirabel, Brownsburg-Chatham et Wentworth, dans les Laurentides. Il reconnaîtra lors de sa défense s’être retrouvé au-dessus des installations à 735 000 volts de Mirabel et Wentworth au moment où elles flanchaient.

Juin 2015

Normand Dubé est arrêté et accusé non seulement des méfaits contre Hydro-Québec, mais aussi de 20 autres chefs d’accusation pour incendies criminels, méfaits, menaces de causer la mort ou des blessures et harcèlement criminel, contre plusieurs personnes.

13 septembre 2018

Il est reconnu coupable d’avoir saboté les lignes d’Hydro-Québec. Son avocat annonce qu’il fera appel du verdict.

Aujourd'hui

Il est condamné à sept ans de pénitencier. Son avocat annonce qu’il fera appel et demandera sa libération provisoire.