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Interdit de jouer dehors!

Quand la police arrête les enfants qui marchent par eux-mêmes

Interdit de jouer dehors!
Photo courtoisie, David Prince

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Plusieurs communautés des États-Unis ne tolèrent plus qu’un mineur se déplace par lui-même ou s’adonne à une activité sans la présence d’un adulte.

La police arrête régulièrement les enfants qui se promènent ou jouent par eux-mêmes. Des parents se révoltent contre ce qu’ils considèrent comme de la « surprotection hystérique » et s’organisent pour rétablir des libertés enfantines de base. En 2018, un premier état, l’Utah, ainsi qu’une ville, Ithaca, dans l’état de New York, ont formellement interdit à leurs policiers de harceler les familles dont les enfants jouent dehors.

Chez nos voisins du Sud, moins de 10 % des enfants vont désormais à l’école à pied ou à vélo. Ils représentaient l’écrasante majorité (de plus de 90 %) en 1969.

Des embouteillages se forment matin et soir devant les écoles qui obligent le raccompagnement parental.

Criminalisation

Les passants qui aperçoivent un enfant piéton ont parfois le réflexe de composer le 911 pour alerter les autorités. Celles-ci font alors la morale aux parents ou portent des accusations contre eux. En 2015 dans le Maryland, un couple a été blanchi à la suite d’une saga judiciaire parce qu’ils laissaient leurs enfants de dix et six ans aller ensemble au parc. Les policiers avaient à plusieurs reprises arrêté (et détenu parfois pendant cinq heures) les deux enfants en question pour essayer de « faire entendre raison » à ces parents rebelles.

Le 18 novembre dernier en banlieue de Boston, les policiers ont intercepté un enfant de huit ans qui marchait pour aller chez sa grand-mère. Le garçon voulait effectuer ce trajet et savait où il se rendait, mais les forces de l’ordre ont néanmoins sermonné les parents. Ce « fait divers » s’est taillé une place dans le journal local.

Au Québec, je ne connais aucun cas de parents harcelés par la police ou la DPJ pour avoir laissé leur enfant se rendre à l’école à pied. Néanmoins graduellement plusieurs villes en sont venues à interdire le hockey ou au soccer dans la rue, une tradition dans certaines banlieues où la circulation est minime (on arrête le jeu et on tasse les filets pour laisser passer les autos quand il y en a). Cela oblige les policiers à intervenir si un voisin grincheux porte plainte.

Fronde

Un mouvement parental est né il y a dix ans : celui des « Free Range Kids » (ou enfants libres d’aller). La fondatrice de ce mouvement se nomme Lenore Skenazy. Cette journaliste new-yorkaise a déjà écopé du sobriquet de « pire mère des États-Unis » en 2008 à la suite d’une chronique où elle racontait pourquoi elle venait de laisser son fils de presque dix ans prendre le métro par lui-même. Elle lui apprenait ainsi à se repérer, à payer son billet, à se débrouiller, etc. Une initiation à la vraie vie.

Comme je le disais en préambule, le mouvement des Free Range Kids a remporté quelques batailles ces derniers mois. D’autres villes ou états rejoindront l’Utah et Ithaca. Le scientifique et écrivain Jonathan Haidt s’est récemment allié à Mme Skenazy pour lancer une organisation appelée « Let Grow » (« Laissez grandir ») pour aider les communautés à s’extirper du cercle vicieux de la surprotection.

Sources : New York Times, The Atlantic, Washington Post et Letgrow.org