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L'après #Moiaussi chez Duceppe

L'après #Moiaussi chez Duceppe
COURTOISIE/MAXIME G. DELISLE

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Un an après le mouvement #moiaussi, Duceppe accueille sur les planches de son théâtre une nouvelle pièce dans laquelle portant sur le consentement et les limites du système judiciaire.

Dans la foulée de la vague de dénonciation des agressions sexuelles qui a secoué le monde à l’automne 2017, plusieurs femmes avaient porté plainte contre Gilbert Rozon, l’ancien patron de Juste pour rire. Les présumées victimes ont été rencontrées , mardi, par le Directeur des poursuites criminelles et pénales pour savoir si des accusations vont être déposées en cour.

Pourtant, lorsque la Britannique Nina Raine a écrit la pièce, quelques mois avant la vague de dénonciation, la notion de consentement n'était pas aussi présente dans l'actualité.

Après avoir connu un fulgurant succès à Londres, «Consentement» trouve écho chez Duceppe du 12 décembre 2018 au 2 février 2019. La pièce plonge le public au cœur des limites du système judiciaire, particulièrement en ce qui a trait à la question de consentement en matière sexuelle.

L’histoire est celle de deux couples d’avocats qui s’amusent à commenter avec une touche d’humour dérisoire les dossiers sur lesquels ils travaillent, dont un cas d’agression sexuelle. Rapidement, ils se font prendre à leurs propres mots puisque leur couple sera mis en péril par des accusations et des trahisons.

Anne-Élisabeth Bossé, Patrice Robitaille, Marie Bernier, Véronique Côté, David Savard, Mani Soleymanlou et Cynthia Wu-Maheux auront, tour à tour, à définir les pourtours du consentement. Pour s’assurer du réalisme de ce jeu délicat, les sept interprètes ont rencontré un criminaliste.

Me Félix-Antoine T. Doyon répond aussi à nos questions

Ne pas dire non, est-ce dire oui?

«Le consentement passif n’existe plus dans la jurisprudence depuis 1999. Il faut manifester son consentement à un acte sexuel soit par des paroles ou des gestes. Ce que peu de gens savent, c’est que le consentement doit être de tous les instants. Par exemple, ce n’est pas parce qu’on consent avoir une relation maintenant qu’on consent à l’avoir trente minutes plus tard».

La rationalité de la loi oppose-t-elle l’irrationalité de l’humain?

«La question, c’est comment on fait pour passer de la théorie à la pratique. Ce qu’il faut retenir, c’est que tout être humain sensé est capable de se poser des questions dans son for intérieur et d’agir en conséquence, et ce, sans même connaitre les tenants et aboutissants du Code criminel. Quand les relations sont empreintes de respect, ça va. Dans le cas contraire, il faut se retirer».

Le consentement a-t-il des limites?

«Dans la loi, il existe des vices de consentement, comme l’âge ou l’intoxication à une drogue ou à l’alcool. Prenons l’exemple d’une jeune fille de quinze ans, qui accepte librement, en toute connaissance de cause, une relation sexuelle avec un jeune homme de 22 ans. Même si elle manifeste son consentement par des paroles ou des gestes, la loi, elle, dit que la jeune fille ne peut pas consentir».

La pièce dépeint un côté peu flatteur du système de justice, y a-t-il des améliorations à faire?

«Je pense que notre système de justice est le meilleur au monde. Maintenant, il faut reconnaître qu’il est administré par des êtres humains. Il y a beaucoup de gens qui disent que les victimes ont peu de ressources. J’estime que les victimes devraient être représentées par un avocat qui est indépendant plutôt qu’un procureur de la poursuite. Il faut rappeler que leur rôle fondamental est de faire condamner un individu sur qui repose une preuve hors de tout doute raisonnable. C’est une tâche qui est difficile, qui demande des ressources. Dans certaines situations, les victimes sentent qu’elles n’ont pas toute l’attention qu’elles devraient avoir. C’est pourquoi un criminaliste pourrait aider à préparer leur témoignage, par exemple ».