/opinion/columnists
Navigation

À plat ventre devant les petits lapins

Lady Gaga et Joseph Gordon-Levitt interprétant Baby, It’s Cold Outside.
Photo d’archives Lady Gaga et Joseph Gordon-Levitt interprétant Baby, It’s Cold Outside.

Coup d'oeil sur cet article

Ainsi, après avoir lu les commentaires de leurs auditeurs qui trouvaient leur décision stupide (et la chanson inoffensive), les bonzes de la CBC ont fait un virage à 180 degrés et décidé de cesser l’interdiction de la chanson Baby, It’s Cold Outside.

On peut maintenant la réentendre sur les ondes de la CBC.

(Rappelons que Claude Saucier, qui anime l’excellente émission C’est si bon sur les ondes d’Ici Musique, avait décidé, lui, de ne pas retirer ce standard des années 40 de sa sélection musicale, contrairement à ses confrères et consœurs anglophones...)

COURAGE, PLIONS !

Cette anecdote peut paraître banale. Mais elle ne l’est absolument pas.

Elle prouve que les adeptes de la rectitude politique ne sont grands que parce que nos institutions sont à genoux.

Le problème avec la rectitude politique n’est pas qu’une poignée de zozos demande que l’on censure telle ou telle œuvre sous prétexte qu’elle véhicule des valeurs « offensantes » pour les petits lapins.

Tout le monde peut demander n’importe quoi, on vit dans un pays libre.

Non, le problème est que nos musées, nos diffuseurs, nos bibliothèques, nos agences de publicité, nos compagnies de théâtre, nos festivals et nos organismes subventionnaires acceptent si docilement leurs demandes !

Nos décideurs ont tellement peur de passer pour des méchants fascistes qu’ils sont prêts à renier leurs propres valeurs et à jeter Voyage au bout de la nuit, Lolita ou Tintin au Congo aux poubelles.

Il suffit de 15 commentaires anonymes pour qu’ils se mettent à paniquer.

Dans les années 40, des directeurs de musées européens ont tenu tête aux nazis et caché des peintures abstraites que les autorités allemandes considéraient comme « dégradantes » et « dégénérées ».

Près de 80 ans plus tard, il suffit qu’un crinqué boutonneux qui vit dans un demi-sous-sol écrive un message bourré de fautes sur sa page Facebook pour qu’on purge nos bibliothèques.

Autre temps, autre conception du courage.

LES PLEUTRES

Le pire, avec l’histoire de Baby, It’s Cold Outside, est que les bonzes de la CBC savaient que cette demande de censure était idiote.

Mais ils n’ont pas eu le courage de se tenir debout.

Un peu de pression et hop ! Ils ont plié les genoux.

Il aura fallu que des auditeurs dénoncent cet excès de rectitude politique pour qu’ils retrouvent un peu de courage et mettent enfin leurs culottes.

Ces gens-là n’ont aucune colonne vertébrale, aucune conviction.

Dès que le vent se lève, ils se mettent à grelotter et vont se cacher sous leur doudou.

Un peu de tonus, que diable ! Un peu de cran ! Nos décideurs agissent de la même façon envers les extrémistes religieux.

Un musulman rigoriste ne veut pas que sa fille de sept ans écoute de la musique dans son cours de musique, car ça va à l’encontre de ses convictions religieuses ?

Vite, le prof va lui donner des bouchons !

Au lieu de dire au bonhomme : « Désolé, mais nous sommes au Québec, et au Québec, les enfants peuvent écouter de la musique ! »

Plus on recule, plus les extrémistes religieux et les adeptes de la rectitude politique vont avancer, occuper le terrain.

Et menacer nos libertés.