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Affaire Rozon: quelle injustice!

Gilbert Rozon
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Gilbert Rozon

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Malaise, confusion et sentiment d’impuissance; la saga Rozon soulève une foule de questions fondamentales quant aux plaintes d’agressions sexuelles. Il est grand temps que l’on réfléchisse à la façon de donner aux victimes alléguées foi envers le système de justice tout en protégeant la présomption d’innocence des suspects et accusés d’agression.

Les développements judiciaires dans l’affaire Rozon, montré du doigt par 14 plaignantes pour des agressions à caractère sexuel, risquent peu de rendre justice à qui que ce soit pour l’instant.

Et justice rendue signifie bien souvent un «boost» dans le processus de guérison.

Une tristesse inouïe.

Le côté des présumées victimes

Si je me place du côté des plaignantes, le processus judiciaire criminel n’aura pas été réparateur. Loin de là. Une gifle en plein visage plutôt. La presque totalité des plaintes n’aura pas abouti à des accusations criminelles.

L’ancien magnat du rire est accusé dans un seul dossier, qui date de 1979. Le sexagénaire fait face à deux chefs d’accusation. Des accusations très sérieuses toutefois : viol et attentat à la pudeur.

Pour les autres présumées victimes : rien, niet, nada.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales a conclu que, dans la presque totalité des plaintes, les probabilités de condamnation à l’issue du procès étaient trop faibles.

Pas surprenant, car les agressions à caractère sexuel se déroulent généralement dans l’intimité, sans témoin.

Inévitablement, c’est la parole de l’un contre la parole de l’autre.

Comment prouver hors de tout doute qu’il a bel et bien eu agression dans de tels cas?

Ce qui soulève la question suivante : le système judiciaire criminel, tel qu’il fonctionne actuellement, est-il adapté pour rendre justice à toutes ces femmes, hommes et enfants agressés derrière des portes closes?

La nouvelle ministre de la justice, Sonia Lebel, elle-même ancienne procureure de la Couronne, a beau déclamer avec toute la bienveillance du monde que la décision de ne pas déposer davantage d’accusations dans les autres cas d’agressions alléguées «n’est pas un jugement de valeur sur l’histoire des plaignantes», au final, un fait demeure : ces femmes retournent chez elles avec leur grand malheur, bredouilles. Pire, sans doute avec une colère encore plus grande.

Le côté de l’agresseur allégué

Il est tout à fait humain d’éprouver de l’empathie pour les plaignantes. La nature est ainsi faite.

Et c’est justement à cause de ce biais naturel qu’il est impératif que la présomption d’innocence des accusés d’agression soit également protégée.

Il serait tout aussi injuste qu’un individu soit reconnu coupable de gestes qu’il n’a pas commis.

Dans le cas précis de Gilbert Rozon, un malaise subsiste. Les nombreuses sorties publiques des tout aussi nombreuses victimes alléguées laissent à penser que le fondateur de Juste pour rire est un véritable agresseur sexuel.

Mais pour l’instant, les faits allégués et le respect de la présomption d’innocence nous invitent à la prudence et penser que «non», jusqu’à preuve du contraire. Mais une partie de la population pense définitivement «oui».

Le nombre élevé de plaignantes indique que toute la lumière n’a pas été faite dans cette histoire nébuleuse et qu’il est impératif qu’elle le soit, par respect pour toutes celles qui ont osé sortir du silence et aborder l’un des sujets les plus délicats qui soient : l’agression sexuelle.

Des procédures civiles à la rescousse?

Des procédures civiles ne pourraient-elles pas être mieux adaptées à ce type de causes très sensibles, le fardeau de la preuve ayant besoin d’être moins étoffé? Par conséquent, les présumées victimes pourraient être entendues dans un cadre légal. Elles pourraient même, qui sait, obtenir gain de cause dans les cas avérés et être dédommagées pour les dommages vécus.

Dernièrement d’ailleurs, dans une cause étonnante qui a fait jurisprudence, une femme victime de violence conjugale a obtenu en Cour supérieure un jugement condamnant son ex-conjoint à lui verser 300 000 $ en dommages pour toute la violence qu’elle a subie.

Bref, le législateur et tous les acteurs du système judiciaire ont de sérieuses questions à se poser, car jusqu’à présent, j’ai la bien malheureuse impression que tout le monde en sort perdant.

Quelle injustice!