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Cardinal-Roy : que faire maintenant M. le ministre?

Que faire des programmes particuliers?

Cardinal-Roy : que faire maintenant M. le ministre?

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Les commissaires scolaires de la Capitale-Nationale ont pris une sage décision hier soir en refusant d’accéder à la demande de l’école secondaire Cardinal-Roy à Québec de devenir une école à vocation particulière.   

L’école souhaitait accueillir que des élèves du programme Sports-Arts-Études et ainsi déplacer les derniers élèves du « régulier » encore présents dans cette école, soit les élèves des secondaires 1 et 2 des secteurs général et de l’adaptation scolaire.            

Les commissaires scolaires ont même fait mieux hier soir. Ils ont demandé au Conseil d’établissement de l’école Cardinal-Roy de « revoir l’offre au secteur régulier dans son prochain projet éducatif 2019-2022 » afin de la « rendre plus attractive (...) aux élèves du premier cycle du secteur régulier. »            

Mais ça ne veut pas dire pour autant que la discussion est close.            

Cardinal-Roy finira inévitablement par manquer de places au cours des prochaines années, tout comme la plupart des autres écoles secondaires de la commission scolaire. Reste à voir si la solution proposée par les commissaires scolaires pour répondre au manque de locaux de Cardinal-Roy répondra aux besoins de l’école, en regard de la demande qui lui a été adressée de développer son secteur régulier.            

Mais surtout, la question des programmes particuliers et de la mixité sociale dans nos écoles publiques reste toute entière. Quelle place pour ces programmes particuliers, comme le Sports-Arts-Études qui est actuellement concentré à Cardinal-Roy à Québec? Comment faire pour que les écoles secondaires publiques assurent la mixité sociale qui favorise la réussite scolaire?            

Où logera le nouveau ministre de l’Éducation?   

Il y a deux ans, le nouveau ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, alors critique de l’opposition caquiste en la matière, brandissait le rapport du Conseil supérieur de l’éducation (CSÉ) pour dénoncer l’état du système scolaire québécois.             

Il déclarait alors : « L’école doit être un ascenseur social, une façon de se sortir de la pauvreté. Mais on a le pire ascenseur au pays. »             

  

Il ajoutait que les écoles publiques devaient cesser de sélectionner les élèves dans les programmes particuliers en fonction de leurs résultats scolaires et de l’épaisseur du portefeuille de leurs parents.            

À ce moment, le CSÉ indiquait que notre système d’éducation était devenu l’un des plus inéquitables au Canada.            

Pour le CSÉ, la « multiplication des programmes particuliers sélectifs (..) entraîne des inégalités de traitement (...) au bénéfice des plus favorisés. Autrement dit, ceux qui en auraient le plus besoin ne profitent pas des meilleures conditions pour apprendre, ce qui est contraire à l’équité et aux principes énoncés dans le Programme de formation de l’école québécoise. »            

  

  

La ségrégation : synonyme d’iniquités et d’inégalités   

L’émergence et la croissance des programmes particuliers dans les écoles publiques engendrent une certaine forme de ségrégation scolaire. Du moment qu’une sélection s’opère pour choisir les « meilleurs », ou encore ceux dont les parents ont les moyens financiers de payer, on exclut. On sépare : d’un côté les « choisis » et de l’autre les « pas bons ».            

J’exagère vous trouvez? À peine.            

En 2017 au Québec, un élève sur quatre fréquente soit une école privée, soit un programme particulier, selon l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). 72% des élèves du privé au secondaire proviennent de familles qui ont un revenu supérieur à 100 000$ par année, alors que ceux qui sont issus de familles à faible revenu représentent à peine 7% de leur clientèle. C’est la même chose dans les programmes particuliers : les enfants des familles défavorisées économiquement y sont sous-représentées.            

Si elle avait été acceptée, la demande de l’école Cardinal-Roy n’aurait fait qu’accentuer cette ségrégation qui « est porteuse d’effets inégalitaires d’apprentissage scolaire, mais aussi d’un risque d’affaiblissement de la performance moyenne du système », selon Christian Maroy, professeur au Département d’administration et fondements de l’éducation de l’Université de Montréal.            

Selon les analyses de cet expert, « les élèves ayant exclusivement fréquenté des classes « ordinaires » au public sont nettement moins susceptibles d’accéder à l’université que leurs pairs des établissements privés ou du public sélectif. » Ainsi, « un élève de l’enseignement privé ou du public sélectif a respectivement 9 et 6 fois plus de chances d’aller à l’université qu’un élève d’une classe ordinaire du public. »            

Une étude toute récente, menée par Pierre Doray de l’UQAM, révèle d’ailleurs que « les élèves du secteur régulier au public sont deux fois moins nombreux à accéder au cégep que ceux inscrits au privé ou dans des programmes particuliers . ».             

« L’école reproduit et vraisemblablement accentue les inégalités, plutôt que de contribuer à les aplanir en offrant le même enseignement de qualité à tous les élèves, peu importe leur origine sociale », affirment les auteurs de l’étude.            

Un ministre conséquent?   

En 2016, Jean-François Roberge disait : « On est très loin de l’égalité des chances », en parlant des programmes particuliers de l’école publique. Il ajoutait : « Ces programmes qui sont une source de motivation scolaire profitent à ceux qui sont de toute façon déjà très motivés ».            

J’espère que le nouveau ministre de l’Éducation aura de la suite dans les idées et que par conséquent, il élargira le débat et posera la question du type d’école publique que nous voulons au Québec.            

Qu’il en profitera pour lancer une réflexion sur la place des programmes particuliers.            

Qu’il en profitera pour trouver des réponses au Conseil supérieur de l’éducation, aux spécialistes du domaine et aux enseignant-e-s qui, depuis quelques années, critiquent l’orientation prise par les gouvernements précédents qui favorise la ségrégation scolaire.            

Qu’il en profitera pour redonner à nos enfants une chance égale d’avoir accès à une éducation de qualité qui permettent à tous de réussir dans la vie, peu importe leurs origines socioéconomiques et leurs aspirations.            

Chapeau mesdames et messieurs les commissaires  

En passant, je ne peux m’empêcher de souligner que la sagesse de la décision du Conseil des commissaires de la Capitale-Nationale hier soir a été collective. Cette décision a été prise par des citoyen-ne-s élus qui ont placé les intérêts généraux de la communauté au-dessus des intérêts particuliers d'un groupe en particulier.          

Les commissaires ont aussi reconnu que le développement du programme particulier Sports-Arts-Études peut « se faire à l’avantage des élèves qui le fréquentent et des partenaires, mais sans compromettre les autres secteurs ». N’est-ce pas ça aussi la mixité sociale?          

En aurait-il été ainsi si on avait aboli la Commission scolaire et son Conseil des commissaires, en laissant l’école Cardinal-Roy décider toute seule? Poser la question, c’est y répondre.          

La démocratie scolaire a encore sa place, me semble-t-il, et nous en avons eu un très bon exemple hier soir.          

Chapeau mesdames et messieurs les commissaires !