/opinion/columnists
Navigation

Ce qui monte peut retomber

Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé
Photo Agence QMI, Mario Beauregard Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé

Coup d'oeil sur cet article

L’enivrement régnant à Québec solidaire dépasse ce qu’on pouvait imaginer. Durant le rassemblement du week-end, Gabriel Nadeau-Dubois a annoncé que le parti allait « investir le Parlement et la rue ».

Convaincus que la victoire électorale est à portée de main pour 2022, les élus du parti de gauche considèrent qu’ils sont désormais la voix du peuple, rien de moins.

Loin de moi l’idée de minimiser l’exploit réalisé par la jeune formation le 1er octobre dernier. Ses représentants ont exécuté un plan de campagne presque sans faute, ils ont mobilisé beaucoup de monde et livré la marchandise jusque dans les boîtes de scrutin. La chef a été solide dans les débats, et les candidats ne se sont pas mis les pieds dans le plat.

QS a doublé son vote et triplé son caucus. Surtout, ils ont fait taire tous les sceptiques (dont moi) qui croyaient impossible de les voir gagner à l’extérieur de Montréal. Leur percée à Québec et leurs victoires surprises à Sherbrooke et en Abitibi tiennent du prodige politique.

Visibilité

Depuis l’élection, ils font une chose à merveille : faire parler d’eux. Pour le reste, je suis peu impressionné. Abandonner tous leurs thèmes pour ne se concentrer que sur l’environnement m’apparaît un choix caricatural. L’offensive pour casser le code vestimentaire marque des points chez les anticonformistes. Mais je vois mal où cela peut mener à moyen terme.

Surtout, les gens de Québec solidaire font montre d’une confiance débordante. Malgré qu’ils aient terminé au quatrième rang des partis avec 16 %, ils n’hésitent pas à s’autoqualifier de véritable voix de la population. Selon eux, la CAQ représenterait une petite minorité, une élite, alors que QS parlerait pour le vrai monde...

Le parti se qualifie aussi de véritable opposition. Pourtant le PLQ a gagné trois fois plus de sièges et le PQ a obtenu plus de votes. Ces deux partis ont dans leurs caucus des députés plus expérimentés que QS pour jouer efficacement le rôle d’opposition. Je ne doute pas que Québec solidaire fera de bons coups et amènera une couleur unique, mais un peu de modestie ne ferait pas de tort.

Voix du peuple ?

En tout respect, je ne crois pas que les 84 % de Québécois qui n’ont pas voté pour Québec solidaire il y a deux mois soient réellement sur le bord de se convertir. Je ne sens pas que ces Québécois ont soif de la révolution proposée. Regardez les résultats dans Roberval.

Je ne pense pas non plus que la résolution adoptée lors de leur conseil national pour s’opposer à toute amélioration du réseau routier représente la pensée de la majorité. Les Québécois se préoccupent d’environnement, mais ne partagent pas ce radicalisme. Prudence avant de s’autoproclamer porte-parole de tout le peuple !

La principale erreur faite par les dirigeants de Québec solidaire, qui les amène sur les franges de l’arrogance, c’est la conviction que leur nombre de sièges ne peut qu’augmenter... en route vers le pouvoir. Ils ont dix sièges et rêvent de soixante-dix dans quatre ans. Attention ! Ça pourrait aussi retomber à cinq.